Généralisation de l’AMO : Le chemin vers une couverture santé universelle.

Un chantier Royal pour la protection sociale
En août 2020, le cap a été fixé par SM le roi Mohammed VI : faire de la généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) l’un des socles de l’État social. Quatre ans plus tard, le chantier prend forme dans les centres de santé, les agences de la CNSS et même dans les zones rurales les plus reculées. L’objectif est simple dans sa formulation ; ambitieux dans sa portée : offrir à chaque Marocain la possibilité de se soigner sans craindre la facture. Consultations, analyses, hospitalisation, chirurgie ou médicaments : tous les citoyens ont droit à la même couverture conformément à la loi-cadre -09-21- qui détermine les axes de la mise en œuvre de la généralisation de la couverture sociale.

Cette réforme dépasse largement le cadre de la santé, et symbolise la volonté du Maroc d’inscrire la solidarité au cœur de son développement. Pour beaucoup, elle marque aussi la fin d’une inégalité silencieuse, qui demeurait entre les salariés bénéficiant d’une protection sociale et des millions de travailleurs informels ou précaires restés longtemps en marge du système.

Tadamon, TS, TNS, Achamil : une couverture pour tous les profils
Le passage du RAMED à l’AMO Tadamon marque le début d’une nouvelle ère. Les personnes vulnérables sont désormais des assurés de la CNSS, avec des cotisations entièrement prises en charge par l’État. Dans les agences, les nouveaux inscrits découvrent qu’ils peuvent désormais être remboursés, au même titre que tout autre assuré, concrétisant ainsi le principe d’égalité dans l’accès aux soins.

Aux côtés du régime des travailleurs salariés (TS) et d’AMO Tadamon, le régime des travailleurs non-salariés (TNS) a permis à des millions d’artisans, commerçants, agriculteurs et professions libérales d’accéder, pour la première fois, à une couverture santé durable.

Entré en vigueur début 2024, Le régime AMO Achamil, vient compléter cette mosaïque en visant les personnes sans activité, mais capables de payer leurs cotisations.

Cette architecture à quatre piliers permet de garantir une couverture pour tous indépendamment de la situation professionnelle ou économique.

La CNSS au centre du dispositif

Derrière cette réforme en marche, la CNSS s’impose comme la véritable colonne vertébrale du projet. Ses agences et plateformes digitales enregistrent chaque jour des milliers de nouvelles immatriculations. La caisse gère désormais plus de 24 millions de bénéficiaires, assurés et ayants droit confondus.

En 2023, le régime AMO Tadamon a mobilisé plus de 5 milliards de dirhams pour rembourser les frais des soins et des hospitalisations. Ces chiffres traduisent une dynamique réelle : La couverture médicale ne se résume plus à une promesse administrative, elle se matérialise dans les files d’attente des pharmacies, les ordonnances remboursées et les factures allégées.

Cette montée en puissance s’accompagne toutefois de défis importants. L’équilibre financier du système, les délais de traitement des dossiers, ainsi que la qualité des services de santé restent des enjeux majeurs.

Pour consolider les acquis de cette réforme, le Maroc doit renforcer les infrastructures, former davantage de personnel médical et réduire les disparités territoriales qui persistent, notamment dans le monde rural.

Défis et perspectives

Le succès de la réforme dépendra autant de la rigueur économique que de l’efficacité opérationnelle. Il faudra élargir la base des cotisants, maîtriser les dépenses et lutter contre les fraudes. La soutenabilité financière demeure une préoccupation majeure, d’autant plus que les remboursements progressent plus rapidement que les recettes, et que certains régimes connaissent encore des retards de paiement.

Mais le défi est aussi culturel : il s’agit de convaincre les travailleurs non salariés que cotiser, c’est investir dans leur propre sécurité.

Pour le Maroc, l’AMO ne se limite pas à une réforme technique, elle incarne une transformation sociale profonde. Elle traduit une vision ambitieuse : celle de bâtir un pays où la santé devient un droit universel, et non un privilège.

Si la CNSS parvient à maintenir le rythme, à harmoniser les régimes et à renforcer la confiance du public, la promesse du chantier royal pourra bientôt devenir réalité : celle d’un Maroc où se soigner ne dépend plus du revenu, mais uniquement du besoin.

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