INFOMEDIAIRE : Tout d’abord, pouvez-vous nous rapprocher du cabinet Gesper Services ?
Ali SERHANI : Succinctement GESPER SERVICES est un cabinet fondé en 1993. Nous fêtons d’ailleurs cette année nos 20 ans d’existence.
GESPER est une abréviation de GESTION du Personnel. Lorsque le cabinet a été créé dans les années 1990 on parlait beaucoup plus de Gestion du Personnel plutôt que de GRH.
Les activités de GESPER SERVICES tournent autour du recrutement plus précisément la chasse de têtes, le conseil RH sous la forme du conseil juridique ayant trait à tout ce qui touche de près ou de loin à la législation sociale marocaine mais également la fiscalité des salaires et les rapports avec les organismes sociaux tels que la CNSS et la CIMR. Enfin une troisième activité qui est « venue » par hasard (vu que la majorité de nos clients sont des multinationales). Cette activité consiste en l’assistance administrative concernant les démarches légales auprès de la Direction de l’emploi et de l’ANAPEC pour l’obtention de l’autorisation légale de travail concernant les expatriés et ressortissants étrangers au Maroc. Pour plus d’informations j’invite donc le lecteur à consulter directement notre site web www.gesperservices.com
INFOMEDIAIRE : Dans un contexte économique assez difficile, comment se porte le marché de l’emploi au Maroc ?
Ali SERHANI : Je dirais difficile et là je ne vous apprends rien puisque le Maroc subit de plein fouet la crise mondiale. Tout le monde est dans l’attente d’avoir plus de visibilité. Il est vrai que la crise n’a pas été ressentie comme en Europe mais vu que nous dépendons de ce marché elle commence à se faire ressentir de plus en plus. La seule chose qui a mon avis a été très positif avec cette crise c’est l’accroissement du recrutement en interne dans les entreprises .Ce qui est une excellente chose.
Je m’explique : Au lieu d’aller recruter en externe l’entreprise se tourne vers ses ressources internes. Elle assure une employabilité du personnel et le tour est joué. Plusieurs personnes se sont vues promues et ont changé de métier au sein de leur entreprise. Les gens apprennent un nouveau métier et par-là assurent leur employabilité. L’entreprise fidélise son personnel et lui assure une employabilité qui à 90 % des cas demeure bénéfique pour les ressources humaines qui la composent. Il est vrai que c’est un manque à gagner pour les cabinets de recrutement mais n’oublions pas que nous sommes avant tout des cabinets CONSEILS. On se doit de conseiller le client avant de réfléchir à ce que nous allons gagner. Peut être que c’est un manque à gagner à court terme mais c’est bénéfique sur le long terme pour les 2 parties.
INFOMEDIAIRE : Pouvez-vous nous dresser un bilan en matière de recrutement pour l’année 2012 ?
Je dirais que l’année 2012 a été bonne pour certains cabinets et moyenne pour d’autres. Tout dépend du cadre de spécialisation du cabinet. Certains cabinets sont dédiés à certains profils Pour nous et en tant que cabinet spécialisé dans le recrutement des cadres supérieurs et cadres dirigeants l’année a été excellente.
INFOMEDIAIRE : Comment qualifiez-vous les méthodes de recrutement actuelles adoptées au Maroc ?
Ali SERHANI : Si vous faites le tour des principaux cabinets conseil en recrutement mais également des entreprises structurées de la place je dirais que les méthodes qui y sont pratiquées n’ont rien à envier aux pratiques modernes puisque aussi bien les cabinets de recrutement que les grandes entreprises ont recours aux méthodes les plus modernes telles que pratiquées sur les marchés européens américains et asiatiques.
INFOMEDIAIRE : Quels sont selon vous, les secteurs les plus prometteurs en terme d’opportunités d’emploi ?et quels sont les profils les plus demandés ?
Ali SERHANI : Sans être devin et incontestablement le secteur des services et les métiers liés au plan Emergence. Concernant les profils les plus recherchés et vu la crise actuelle je dirais d’une part tous les profils qui sont en rapport de près ou de loin avec l’optimisation des coûts : par exemple les Directeurs des Achats, de la Logistique, du Facilities Management (Métier nouveau au Maroc), etc.
Toutes les entreprises quelles qu’elles soient et même si elles ont une santé de fer sont actuellement comme des fourmis. Elles sont et demeurent prévenantes. Ceci ne les empêche pas d’être dynamiques. Même si elles sont prévenantes cela ne les empêchent pas de faire le maximum pour booster leur développement. La preuve en est c’est qu’en matière de recrutement et crise ou pas crise les profils liés au développement du Busines et donc la force des ventes ont toujours été demandés et sollicités. Les commerciaux qu’ils soient responsables ou Directeurs restent et resteront les stars incontestées du recrutement car qui dit commercial dit vente et qui dit vente dit entreprise florissante et donc développement.
Seul bémol concernant les profils commerciaux toutes catégories confondues : Les bons commerciaux (Managers et Directeurs) qui mettent la main à la pâte et qui allient savoir faire et savoir être ne courent pas beaucoup les rues.
Concernant les autres profils les recrutements se feront en fonction du retour sur investissement rapide du recrutement effectué. Car un recrutement coûte très cher s’il est mal ficelé. Donc l’entreprise réfléchie à deux fois avant de lancer un recrutement.
INFOMEDIAIRE : Force est de constater une très forte multiplication des cabinets conseil au Maroc, par quoi s’explique cette forte croissance dans un marché imprévisible?
Ali SERHANI : Je dirais la « libre entreprise » nous sommes dans un pays à économie libérale. Cependant il faut savoir choisir son partenaire en matière de recrutement. On ne s’improvise pas du jour au lendemain consultant RH ou cabinet conseil en recrutement.
Se renseigner sur le cabinet, ses consultants et ceux qui le dirigent sans oublier sa date de création. Toutes ces conditions sont importantes sinon essentielles pour une entreprise avant qu’elle ne s’engage dans quoi que ce soit pour lancer une mission de recrutement.
INFOMEDIAIRE : Quels sont les points qui définissent un bon conseil aux entreprises ?
Ali SERHANI : D’être toujours pragmatique et ne surtout pas prodiguer aux entreprises des conseils que l’on a puisés dans des livres ou des revues de management. Il faut éviter de parler un langage qui est aux antipodes de la réalité. Au risque de me répéter il ne faut pas s’éloigner de la réalité marocaine. Enfin et chose très importante il ne faut surtout pas considérer l’entreprise comme une « vache à lait » car la relation entre un cabinet conseil et une entreprise est une relation sur la durée elle ne peut être une relation ponctuelle.
INFOMEDIAIRE : Comment voyez-vous, en tant que professionnel des RH, le marché du conseil et de l’emploi au Maroc pour les années à venir ?
Ali SERHANI : Concernant le conseil RH et en recrutement je dirais qu’il est en très bonne voie surtout avec la professionnalisation de la fonction. Vous remarquerez si vous faites une petite enquête que nous avons plusieurs cabinets nationaux qui n’ont rien à envier aux grands cabinets internationaux.
Concernant le marché de l’emploi,je dirais tout simplement que l’avenir pourrait se révéler radieux le jour ou l’on comprendra que l’on ne peut pas continuer à former des gens dans des filières qui n’ont aucun avenir. Aujourd’hui nous formons des gens qui seront dédiés aux filières liées au plan émergence ce qui est une excellente chose cependant si vous vous renseignez au niveau des facultés vous remarquerez qu’il existe des filières qui sont des « fabriques de futurs chômeurs » ce qui est alarmant !!!
Le monde des années 1960 à 1990 n’est plus celui du 21ème siècle. Autre chose qui est très importante : Il nous faut revoir notre rapport avec la langue de travail. L’anglais demeure la langue de la mondialisation et c’est l’outil de travail par excellence. Donc soit nous devrions nous y mettre bien comme il le faut soit nous aurons toujours non pas un train mais plusieurs trains de retard sur le reste du globe. La plupart des entreprises qui nous consultent demandent à ce que les futurs embauchés puissent maîtriser cette langue. Ce sont des multinationales mais également de grandes entreprises nationales qui s’ouvrent beaucoup sur l’international. A titre d’exemple 80 % des entretiens de recrutement au niveau de notre cabinet se font en anglais c’est vous dire qu’aujourd’hui maitriser cette langue n’est plus un atout mais tout simplement une exigence du marché. Autre exemple en relation avec la langue et qui se résume comme suit : plusieurs de nos grandes entreprises sont en train de s’implanter en Afrique subsaharienne francophone du fait des bons rapports politiques mais également du partage en commun de la langue française. Ce que l’on n’oublie c’est que l’Afrique anglophone constitue un immense marché beaucoup plus important. Il n y a qu’à voir le Nigéria et l’Afrique du Sud…et vu que l’avenir c’est l’Afrique (plusieurs de nos Banques l’ont d’ailleurs compris) je vous laisse donc deviner ce à quoi nous devons nous atteler surtout que plusieurs grandes entreprises anglo-saxonnes souhaiteraient faire du Maroc un Hub pour leur expansion en Afrique.
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