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    Benjamin Stora: Historien et professeur à l’Université Paris XIII est auteur de très nombreux ouvrages

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    Infomediaire : Quel regard portez-vous sur les relations actuelles Maroco-Algériennes, sur le plan économique, social et politique ?
     
    Benjamin Stora : Force est de constater  que les relations entre la Maroc et l’Algérie sur le plan économique, social et politique fonctionnent au ralenti, et pourraient bien évidement être meilleures. 
     
    Infomediaire : Est-ce qu’on peut dire aujourd’hui qu’il existe un réel sentiment d’animosité entre deux peuples qui ont plutôt intérêt à s’allier ? 
     
    Benjamin Stora : Depuis de nombreuses années, les discours d’Etats ont fini par pénétrer dans la société, et par conséquent dans les nouvelles générations. Il existe une grande méconnaissance d’un pays sur l’autre.  On sait que les frontières sont fermées symboliquement depuis 1994, et il est évident que cela ne favorise pas les échanges politiques et culturels. D’autant que les deux pays sont très jeunes, plus de 50% de la population a une moyenne d’âge de trente ans. Les frontières sont fermées depuis plus de vingt ans, c’est beaucoup. Ce qui veut dire aussi qu’une nouvelle génération n’a jamais connu les frontières ouvertes entre l’Algérie et le Maroc. Par conséquent ils ne savent pas ce qui se passe vraiment dans le pays d’à coté… Ce qui est regrettable évidement.
     
    Infomediaire : Comment se justifie la position de l’Algérie quant à la question du Sahara? 
     
    Benjamin Stora : C’est un point très délicat, la position de l’Algérie est celle de l’intangibilité des frontières, et en même temps celle de la reconnaissance de l’autodétermination des Sahraouis, et je pense que l’Algérie est restée immuable sur cette position depuis maintenant plus de trente ans.
     
    Infomediaire : Qu’est ce qui pourrait, selon vous, rapprocher les deux nations de manière inexorable?
     
    Benjamin Stora : Je pense qu’il faut encourager la transversalité, pas simplement économique mais aussi sur le plan culturel. Mais ceci passe, à mon sens, par une discussion sur la réouverture des frontières. On ne peut pas subordonner le règlement de la question saharienne à la question des frontières, ce sont des dossiers différents. Il faut penser à les traiter les uns après les autres. Une ouverture symbolique, pourrait effectivement favoriser les échanges sur les plans générationnel, culturel et économique bien entendu… On sait que le volet économique se traite d’abord par impulsion politique.
     
    Infomediaire : Comment voyez-vous l’avenir de l’Union du Maghreb Arabe  compte tenu de la situation agitée dans la région maghrébine?
     
    Benjamin Stora : Tout d’abord je pense que le terme de l’Union du Maghreb Arabe demanderait  peut être à être réexaminer depuis les accords d’Ifran, signés depuis maintenant près de trente ans. Par exemple, une question importante dans les deux pays est le problème berbère, dont on pourrait redéfinir les contours. Le Maghreb ne se réduit pas simplement à l’arabité. D’autres perspectives identitaires et politiques existent, la question berbère peut également se poser. Je ne dis pas que c’est la question principale, mais elle se pose aujourd’hui au Maghreb. Ceci au niveau de la dénomination simplement. Maintenant il est évident que l’avenir ne peut passer que par le fonctionnement régulier du couple entre le Maroc et l’Algérie, ce sont les deux principaux pays du Maghreb. Il faut donc retrouver les voies d’une initiative politique, diplomatique et économique.
     
    Infomediaire : L’assassinat de l’opposant Chokri BELAID a provoqué de nouvelles tensions en Tunisie,  quelles vont être les conséquences de cet acte sur l’avenir politique et social du pays à court et moyen terme ?
     
    Benjamin Stora : C’est une situation dangereuse pour la Tunisie, qui entre dans une nouvelle période, celle de la fin d’un consensus révolutionnaire. Une union politique s’était établie entre toutes les catégories et les classes sociales en Tunisie pour en finir avec le régime politique antérieur. Ce consensus politique n’existe plus aujourd’hui. On est effectivement rentré dans une nouvelle étape, depuis cet assassinat en particulier. Il y a des camps qui se dessinent nettement, les deux principaux : le camp ENNAHDA et celui de l’ UGTT, la puissante centrale syndicale tunisienne. La situation se complique davantage encore par l’existence d’une fracture à l’intérieur de chacun des camps. A l’intérieur d’ENNAHDA il y a des critiques, des oppositions et  des débats autour de plusieurs points, notamment sur le statut du religieux par rapport à l’Etat. Mais dans l’autre camp, il y a aussi des divisions car il existent des parties qui se référent toujours à l’héritage antérieur, d’autres ne s’y référent plus. Les divisions portent dans ce camp sur l’héritage BOURGUIBIEN, en particulier comment le faire fructifier. Faut il le garder intégralement ou pas ? Des questions, des divisions existent dans les deux camps. Mais l’élément décisif est la fin d’un consensus, d’une période ou tout le monde était soudé, uni autour de grands principes. Aujourd’hui on est sorti de cette situation là. Un clivage très profond s’installe à l’intérieur de la société tunisienne, et on ne sait pas jusqu’ou il peut aller. Il y a un certain mouvement d’incertitude politique qui commence en Tunisie.
     
    Infomediaire : Une dernière question portant sur l’Egypte, comment définiriez vous la situation actuelle du gouvernement de Mohammed MORSI face à la situation d’instabilité politique actuelle ?
     
    Benjamin Stora : Vous savez, dans le processus de radicalisation des sociétés sur le plan politique, il y a toujours des moments ou le curseur n’arrive pas à s’arrêter. Lorsque démarre un  processus révolutionnaire, on rentre dans des situations d’imprévisibilité ou la force va à la force, c’est une vielle loi politique. Où la surenchère et le radicalisme s’imposent.  On ne sait pas encore qui sera en mesure d’être le plus fort possible pour emporter la bataille à l’intérieur de l’appareil d’état, assurer sa suprématie dans l’armée principalement, les services de sécurité, l’appareil administratif, judiciaire, etc.… En Egypte on ne voit pas se dessiner la force principale qui aura la main sur l’ensemble de l’appareil d’état. On ne voit pas comment Mohammed MORSI arrive à assoir son autorité politique. Pas simplement sur la société, mais sur l’état égyptien lui-même. Et je pense que la bataille va se situer à ce niveau là, c'est-à-dire dans la stabilisation, ou non, du pouvoir d’état.
     

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