Genre : Drame
Durée : 88’
Pays : Royaume-Uni
Réalisateur : Imran Perretta
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Tournée l’été dernier dans une ville à proximité de Londres, le réalisateur a choisi de s’entourer d’acteurs sans aucune expérience pour raconter une histoire très personnelle, voire semi-biographique.
Il coche ainsi la case du film d’auteur profond partageant son regard sur la jeunesse musulmane aujourd’hui.
Ish (diminutif d’Ishmael) d’origine pakistanise et Maram, d’origine palestinienne, ont tous les deux 12 ans et vivent une bromance de jeunes pré-adolescents.
Ils se retrouvent et passent des moments ensemble à jouer comme les enfants qu’ils sont encore. Ils se pourchassent, simulent des combats, jouent à cache-cache et aux jeux vidéo.
Ils osent se dire « je t’aime » le tout après une bonne tapette sur la joue et partagent des moments de vie. Cette belle amitié va connaître un tournant après un contrôle policier traumatisant.
Leur insouciance est très fragile ; elle est à la fois ébranlée par l’actualité intérieure et extérieure. En Angleterre, on leur fait sentir qu’ils ne sont pas chez eux, la police les traque, les médias les stigmatisent, et même « les anciens » de leur communauté les montrent du doigt.
En-dehors de chez eux, ils suivent les informations et soutiennent la cause palestinienne. Free Gaza est à la fois portée dans leur foyer, dans les rues d’Angleterre, mais aussi dans leur bande.
Le choix du noir et blanc accentue cette fébrilité que l’on ressent tout au long du film. C’est à la fois lent et nerveux.
Lent dans le déroulement de l’histoire, mais nerveux dans l’atmosphère qui règne. Tout est tendu, on ne respire que dans les moments de jeux du duo qui se terminent souvent sur des gestes violents ou des paroles agressives.
Entre ces deux protagonistes, on sent la présence de la caméra d’Imran qui ne les lâche pas alors que la société semble les avoir déjà catégorisés. Il est à leur côté, témoin de leurs émois qui sont filmés avec beaucoup de pudeur.
Alors que la caméra d’Imran se veut proche et bienveillante, d’autres caméras enregistrent leurs faits et gestes. Il s’agit des caméras de surveillances, elles sont intrusives, culpabilisantes et prêtes à leur tomber dessus.
Ce climat anxiogène pousse à la défiance où musulman est synonyme de suspects. Comment un ado musulman peut se construire dans un monde si violent ? Comment brandir sa double identité sans avoir à s’excuser ?
Au milieu de cette tension, la figure du père d’Ish est dessinée loin des stéréotypes.
Un homme, encore blessé par le décès de sa femme, qui porte un amour inconditionnel et visible (ça change !) pour ses enfants.
Je finirais par rendre hommage à la performance du jeune acteur, Farhan Hasnat, qui interprète le rôle d’Ish, si solaire dans cette obscurité et si vulnérable dans ses gestes.
Une parfaite définition du passage à l’adolescence, cet âge difficile où nos enfants se construisent et deviennent les adultes de demain.
Yarhfouri Kenza
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