KENZA fait son cinéma au FIFM – Laundry / Uhlanjululo

Genre : Drame
Durée : 106’
Pays : Afrique du Sud
Réalisatrice : Zamo Mkhwanazi

Khuthala, aîné d’une famille de la classe moyenne, est face à un dilemme, suivre les pas de son père et reprendre l’affaire familiale ou se lancer dans sa passion.
La blanchisserie ou la musique ? Une histoire plutôt courante à moins qu’on
rajoute la singularité du film qui est son ancrage historique ; 1968, Johannesburg, en plein régime d’Aparthied.
Tout au long du film, on suit la réflexion de Khuthala qui vacille entre suivre son cœur ou choisir la raison. Son talent lui permettrait indéniablement de percer dans la musique et d’en faire une carrière remarquable à condition de sortir du pays.
En pleine période de ségrégation, ce n’est pas une mince affaire à moins d’avoir un « Exit Permit ». Opter pour l’option simple serait un moyen de perpétuer le travail acharné de son père et de profiter d’une affaire prospère, respectable et financièrement confortable. Là encore, pas si simple à faire, car toujours en 1968, le droit à la propriété n’est pas acquis chez la population native, aussi elle peut se voir déposséder à tout moment.
On dit souvent quand les planètes s’alignent, la bonne décision ressort. Dans le cas Khuthala, ce dicton s’avère faux.
Peu importe son jeu de cartes, son destin ne repose pas sur lui, il le dépasse comme ce qui se passe dans le pays entier.
Zamo Mkhwanazi nous permet une immersion totale dans ce passé pas si lointain que ça… On devient les témoins de cette époque à travers les décors et les règles raciales décrétées.
Complétement immergée dans cette société séparatiste à travers plusieurs
illustrations ; « non-whites only bus », queues dédiées aux personnes noires,
hiérarchisation raciale, comportements racistes assumés, discriminations légales, des zones délimitées par population, des métiers définis… Les décideurs, c’est les blancs, les inculpés, c’est le noir. L’autorité est blanche et fait ce qui lui plaît.
L’injustice est constante, les lois changent tout le temps et toujours en défaveur de la population native. On est très très loin de Wakanda Forever !
Au-delà de cette reconstitution historique fidèle et poignante, la réalisatrice réussit une deuxième prouesse ; celle de construire le film comme une partition musicale.
On commence le film sur des notes légères et entrainantes de jazz pour ensuite transformer la musique en langage à part entier. La musique soigne les maux, elle exorcise les rages, elle apaise les esprits, elle réunit les hommes et les femmes, elle a un effet cathartique. L’utilisation même du Zulu, dialecte local, participe à maintenir cette musicalité et sonne comme un cri de fierté raciale et de victoire car non assimilé par les blancs.
Enfin, pour moi, la plus belle scène est la dernière. Elle résume parfaitement le film, le cœur même de ces années noires et la réalisatrice la poursuit
ingénieusement sur le générique de fin.

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