KENZA fait son cinéma – MY FATHER & QADDAFI

Genre : Documentaire
Durée : 88’
Pays : USA, Lybie
Réalisateur : Jihan K
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L’affiche du film touche déjà le cœur du sujet abordé dans ce documentaire. Une photo de famille abîmée, vestige d’un passé lointain. Une époque révolue où la vie se conjuguait à 6. Sur cette photo, on voit la réalisatrice, petite fille, sur les genoux de son père et sa mère à proximité. Ils étaient tous loin de se douter de ce que la vie leur réservait.

À l’âge de 6 ans, celle qu’on surnomme Jiji, la réalisatrice Jihane K, voit son petit monde s’écrouler. D’un père libyen et d’une mère syrienne, elle vit à Paris avec sa famille. En 1993, son père Mansur Rashid Kikhia, intellectuel arabe et défenseur des droits de l’homme, est kidnappé en plein jour dans son hôtel au Caire.

Ancien ministre des affaires étrangères de Qaddafi, il rejoint l’opposition. Un changement de camp qui ne va pas se faire sans impunité. Commence alors le combat de Baha, la femme de Mansur, pour retrouver la trace de son mari et comprendre ce qu’il s’est produit. Elle va consacrer 19 ans de sa vie avant de trouver le corps de son époux mort alors que le mystère sur sa disparition reste encore entier.

Aujourd’hui adulte, Jihane décide de mener l’enquête et de l’immortaliser à travers ce documentaire personnel. On commence dans l’intimité de cette famille pour ensuite raconter la grande histoire de son pays, la Libye.
Pour conserver la mémoire de ce père disparu, Baha a offert un caméscope à ses deux jeunes enfants.

Ainsi, ils ont pu au fil des années laisser des messages à leur père et surtout se raconter. On voit une jeune fratrie aimante qui s’amuse avec les moyens du bord. On assiste à des jeux d’enfants, à des tentatives d’interviews et à des prestations diverses. Sans superflu, les images sont sincères et touchantes. L’ombre de ce père disparu veille sur eux à travers des photos, de lui, accrochées au mur témoins d’un passé de militant, d’une jeunesse consacrée à défendre des valeurs humanistes, et des moments heureux en famille.

Jihane propose un travail très documenté qui mélange, films personnels, archives vidéos et interviews. En fil rouge, elle décide de donner la parole à sa mère, devenue experte malgré elle de cette histoire. Installée sur un canapé, face à fille, Baha nous livre sa vie toute entière.
Elle dit tout ; de sa jeunesse, en passant par son premier mariage qui donna lieu à deux enfants, puis sa carrière d’artiste-peintre, son engagement pour la défense des droits de l’Hommes et des réfugiés palestiniens.

C’est d’ailleurs, à l’ONU, qu’elle rencontre Mansur Rashid Kikhia. Ils se marient, la famille s’agrandit, et ils ont deux merveilleux enfants. Mansur voyage beaucoup, continue son combat pour son pays et croit au panarabisme. En parallèle de cette histoire personnelle, Jihane raconte l’histoire de la Libye, l’extermination commise par Mussolini, l’arrivée des colons anglais, l’instauration de la monarchie et enfin le coup d’état de Qaddafi. Une prise de pouvoir sur quelques heures pour un règne qui s’installe sur plus de 40 ans. Ce Bédouin était une lueur d’espoir pour faire sortir le pays de l’ingérence étrangère. Il faisait écho au rêve de panarabisme, de liberté des peuples et d’exploitation locale des richesses du pays.

On ne ressent aucune rage dans ce film, cette enquête est menée de façon pacifiste. Jihane a même évité de monter des images de violences et les prises de paroles sont sans amertume. Je ne m’avance pas, en pensant, que son père aurait été fier d’elle. Elle suit ses pas dans le courage qu’elle montre, l’honnêteté qu’elle affiche et le travail en profondeur qu’elle propose. Bravo aux femmes de cette famille qui ont soulevé des montagnes au nom de la vérité.

KENZA YARHFOURI

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