Le Kenya, ce pays d’Afrique de l’Est qui demeure encore et toujours la superpuissance de la course de fond, avec des athlètes qui trustent les podiums, du 1 500 mètres au marathon, commence à perdre de son éclat avec la multiplication des cas de dopage ces dernières années qui ont, en partie, terni son image de marque.

 

En effet, pas moins d’une soixantaine d’athlètes kényans de haut niveau ont été contrôlés positifs ces dernières années.

 

“Au départ, on pensait que ça concernait plutôt des coureurs de seconde zone. Et puis, à partir de 2016, sont tombés des très grands marathoniens et marathoniennes, champions olympiques, vainqueurs des plus grands marathons comme Chicago ou New York”, explique Nicolas Herbelot, un spécialiste de l’athlétisme.

 

“Donc il y a un très gros souci de dopage au Kenya, qui est d’autant plus important qu’il n’y a pas d’État fort pour lutter contre cette pratique”, poursuit-il. Pour le Kenya, pourvoyeur des plus grands champions de course de fond, l’athlétisme demeure le principal motif de fierté nationale. C’est le seul moyen, ou presque, pour Nairobi d’exister sur la scène internationale.

 

Lieu d’entraînement et de formation des champions, la vallée du rift est un véritable eldorado de la course à pied. Et les retombées pour le pays ne sont pas négligeables, rappelle Nicolas Herbelot dans des déclarations relayées récemment par les médias kényans. “C’est bon pour l’image, c’est bon pour l’économie. D’une part, ça attire pas mal de tourisme sportif. Beaucoup d’Européens, d’Américains, d’Australiens, s’y installent pendant un mois et courent. Et ensuite il y a l’argent que ramènent les athlètes kenyans au pays”, a-t-il ajouté.

 

Si l’année 2019 restera dans les annales de l’athlétisme kényan comme celle de tous les records avec l’exploit inédit réalisé par Eliud Kipchoge, en octobre de la même année en Autriche, en parcourant le marathon en moins de deux heures (1:59:40), elle a été aussi marquée par des événements qui ont terni l’image de marque du Kenya classé en 2019 première nation d’athlétisme la plus dopée d’Afrique et la troisième au monde.

 

Un record de 15 athlètes ont été surpris en train de tricher pour remporter la victoire dans les grandes courses internationales avec l’argent comme facteur de motivation. Tous ont été interdits de participer à toutes les compétitions pour une durée oscillant entre deux et quatre ans. Cependant, Salomé Biwott, 36 ans, a été condamné à une peine punitive de huit ans, la sanction la plus élevée de l’histoire pour une deuxième infraction, sept ans après la première.

 

Le dopage au Kenya a touché durant cette année même la tranche d’âge des adolescents. Angela Ndungwa Munguti, âgée de 17 ans, est devenue la 43e athlète dans la liste des tricheurs kényans de tous les temps et la 15è durant 2019 lorsqu’elle a été sanctionnée à ne plus participer à aucune manifestation pour une durée d’un an, par l’Unité d’intégrité de l’athlétisme (AIU) de Global Athletics en novembre pour des tests positifs à la norandrostérone, un métabolite du stéroïde anabolisant Nandrolone, qui aurait été utilisé le 7 octobre 2018, lors des Jeux olympiques de la jeunesse d’été à Buenos Aires, en Argentine.

 

L’AIU a également interrompu la carrière du triple champion du monde et olympique du 1500 mètres, Asbel Kiprop, pour une violation du dopage découverte en 2018. Kiprop, qui restera en dehors des compétitions pour les quatre prochaines années, a toujours clamé son innocence.

 

Les coureurs kenyans du 5000m Michael Kibet (20 ans) et Daniel Simiyu (21 ans) n’ont pas été autorisés à concourir aux Championnats du monde d’athlétisme à Doha après avoir manqué aux exigences antidopage.

 

Ces cas de dopage en série ont fait frissonner les cercles d’athlétisme au Kenya, qui ont commencé à penser sérieusement à pallier à cette situation à travers des contrôles récurrents des athlètes.