Genre : Drame
Durée : 93’
Pays : Royaume-Uni, Nigéria
Réalisateur : Akinola Davies Jr.
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« Cher père, je te verrai dans mes rêves », c’est par cette litanie que commence et se termine ce long-métrage ; une prière répétée par un fils pour son père absent.
Pour son premier film, Akinola Davies Jr. nous invite à découvrir son pays le Nigeria, loin des stéréotypes. À travers ce film semi-autobiographique, co-écrit avec son frère, il devient le narrateur de notre histoire africaine à travers le prisme de son enfance.
En 1993, le Nigeria traverse une crise électorale sans précédent. Le peuple a voté, mais les résultats n’ont toujours pas été communiqués. L’armée au pouvoir ne semble pas prête à quitter le gouvernement et les Nigériens sont suspendus au résultat qui pourra enfin être synonyme de changements. Quelques jours après le massacre Bonny Camp, où les militaires ont achevé 4 jeunes hommes, le pays entier est en émoi et la situation est au bord de l’implosion. La tension se cristallise dans les rues et surtout dans la capitale Lagos.
C’est dans ce climat complexe qu’on va passer une journée avec deux frères ; Akin et Remi, 8 & 11 ans. Insouciants, on les voit dans leur maison à jouer ensemble ou séparément. Ils se livrent à des jeux d’enfants innocents. Soudain, le vent souffle, des aigles rôdent au-dessus de leur tête, est-ce un mauvais présage ?
Ils sont tous seuls à faire passer le temps, quand surgit leur père qui leur propose en l’absence de leur mère de les embarquer avec lui dans la capitale pour la journée. Le temps de ce déplacement, les enfants vont pouvoir se reconnecter à leur père et passer des moments précieux.
Le trajet pour partir de leur village à Lagos s’avère être un véritable périple qui illustre le chaos du pays.
La présence de l’armée est omniprésente, à travers les débats enflammés des populations, les gros titres des journaux que tout le monde semble lire et bien entendu les cortèges de militaires armés, aux regards menaçants. Le pays est fébrile face à une situation économique en crise, les salariés ne sont pas payés, le peuple est affamé, l’essence est inabordable, les prix flambent… Tout le monde est à cran en attendant le verdict de l’élection.
La réalisation d’Akinola Davies Jr. est très léchée et propose une richesse de plans. Pour rajouter au réalisme de la situation et accentuer la tension, Akinola insère des images d’archives montrant les attaques de l’armée et l’effondrement de l’espoir dans les rues. Il fait des plans serrés sur les visages des premiers rôles, mais aussi des figurants qui deviennent les témoins privilégiés de cette désillusion. Afin de nous plonger dans l’intimité de cette famille, certaines séquences sont tournées à la façon d’un film amateur familial. Enfin, il intègre des flashes qui illustrent l’aspect anxiogène et presque irréel de la situation.
Akinola revient sur la difficulté d’être un père présent pour ses enfants et dont le rôle est aussi de subvenir à sa famille dans un état en crise. Cette journée de l’horreur où tout bascule a enchanté la salle et j’espère que le film aura réussi à toucher le jury. En ce qui me concerne, c’est mon premier coup de cœur de la compétition. Le réalisateur a réussi à sortir autant d’amour et de poésie dans un environnement violent et tendu, une prouesse !
Kenza Yarhfouri
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