(www.infomediaire.ma) – A la veille de la tenue à Marrakech du Forum Mondial des Droits de l’Homme, Kamal Lahbib, Membre du Comité scientifique du Forum a accepté de répondre à nos questions. Il réagit notamment aux quelques associations qui ont décidé de boycotter le Forum et affirme par la même qu'aucune demande de participation n'a été refusée. Ci-après l’intégralité de l’entretien accordé à Infomédiaire Maroc :
Vous êtes membre du Comité scientifique du Forum Mondial des droits de l’homme censé se tenir fin novembre, pouvez vous nous donner quelques éléments d’informations sur les préparatifs du Forum ?
C’est une initiative lourde et complexe et d’autant plus complexe qu’elle a généré des perceptions et des attentes erronées basées sur des confusions majeures au niveau national.
La première confusion, le FMDH n’est pas le Forum Social Mondial. C’est un concept et une démarche nouvelle qui est à la fois une initiative gouvernementale qui repose sur la société civile. Ce n’est pas la Charte de Porto Alegre qui l’inspire. La Charte du FMDH reste à construire. Il s’agit par conséquent de trouver les normes, les modalités, les bases référentielles des droits pour un espace multiforme qui permette le dialogue, la réflexion entre les acteurs étatiques, les acteurs économiques et la société civile. Alors que le FSM est un espace exclusivement dédié aux mouvements sociaux
La deuxième confusion, ce FMDH comme son nom l’indique, est un Forum mondial et thématique. Comment surmonter les approches nombrilistes pour réfléchir droits de l’homme à l’échelle planétaire. La mobilisation des nationaux, leur participation, leurs connexions internationales devraient nécessairement avoir un impact sur l’arsenal juridique national. Ce qui été plutôt difficile à mettre en place avec les associations nationales.
La troisième confusion, la question des droits de l’homme n’est ni l’apanage, ni la propriété exclusive de quelques associations nationales. La question dépasse de loin, les limites des droits civils et politiques, et est en principe, une affaire des associations qui travaillent, dans la diversité des approches et des méthodes, sur tous les droits et ne devraient donner aucun privilège à une association sur une autre ; bien au contraire, les associations qui ont pignon sur rue, devraient permettre une large participation à des évènements de cette envergure et leur permettre d’inscrire leurs activités dans une approche droits.
Que pensez-vous des associations qui boycottent le FMDH ?
Nous sommes face à un sérieux paradoxe : d’un côté, nous sommes face à une forte demande de participation nationale et internationale car ce n’est pas moins de 6300 demandes auxquelles les organisateurs doivent faire face. D’un autre côté nous avons huit associations nationales qui boycottent ou « ne participent pas ». Les positions bien sûr se respectent mais en même temps et pour plus de clarté, il est regrettable de voir des positions justifiées par de fausses allégations : aucune demande de participation n’a été rejetée, aucune proposition d’activité reçue dans les délais (le dernier délai d’inscription des activités a été fixé au 27 Octobre 2014, soit un mois avant le Forum) n’a été rejetée, aucun nom d’intervenant n’a fait l’objet d’une quelconque restriction ou réserve. L’espace et la logistique de base n’étant pas extensibles, il fallait arrêter le nombre de participants par association, soit 10 par association nationale, 1 personne par association locale et 20 pour les associations ayant des sections régionales (minimum 50 sections). Enfin pour les réseaux et les fédérations une personne par association membre (la Coalition des Instances des Droits de l’Homme a eu droit à 22 représentants en plus des 10 membres pour chaque association).
L’AMDH et la Ligue ont eu un traitement de faveur : 25 par associations en plus de 20 jeunes pour l’AMDH. Plusieurs séances de concertation et d’explications ont été tenues avec l’AMDH et la Ligue particulièrement.
Le fait est que ces associations ont basculé entre la participation et le boycott pour des raisons politiques. Une des raisons, à mon avis l’unique raison, respectable mais que je ne partage pas est que le Forum se tient dans un climat d’offensive contre la société civile et d’interdictions d’activités de l’AMDH. Nous avons dénoncé cette offensive et ces interdictions en tant qu’organisations de la société civile, mais la majorité y compris au sein de la Coalition des Instances de Droits de l’Homme a estimé qu’il est plus important de participer et de dénoncer les violations.
Dernier point des arguments présentés c’est que les organisateurs empêchent les associations marocaines de programmer des activités sur la situation au Maroc. Ce qui est loin de la vérité. Le Comité scientifique a été clair sur ce point : il s’agit de réfléchir la situation des droits de l’homme au Maroc dans un cadre universel, lier nos problématiques (donc en parler) aux problématiques à l’échelle mondiale, interpeller comme le dit le document issu de la première rencontre internationale (à laquelle ont participé près de 150 associations nationales) : Interpeller la conscience internationale sur le respect des droits de l’homme dans leur universalité et leur indivisibilité. Le même document précise que les objectifs du FMDH sont de faire le point, dresser l’état des lieux, mesurer les avancées et les réalisations en matière des Droits de l’Homme et affirmer leur universalité , de peser sur le devenir des Droits de l’Homme dans le monde , de sensibiliser les gouvernements à l’approche droit , de permettre aux organisations des droits de l’homme de se concerter et de se renforcer mutuellement par la formation, la mise en réseaux, d’accélérer le processus des réformes en matière des droits de l’Homme particulièrement au niveau du pays d’accueil du FMDH
Quel a été le rôle du comité scientifique ?
Le rôle du Comité scientifique a été de définir la méthodologie sur la base d’une large concertation nationale et internationale pour que les sujets clés des droits de l’homme dans leur indivisibilité soient intégrés dans les débats et les conclusions. Nous avons tenu compte de la nature de ce Forum multi-acteurs, en programmant les demandes spécifiques en évènements spéciaux, conférences, formations et ateliers autogérés. Il faudrait que les espaces et les moyens financiers suivent. Ils ne sont pas uniquement du ressort du CNDH ou de la DIDH. C’est pourquoi il est difficile de ne s’occuper que des associations qui protestent pour avoir le privilège du nombre, des espaces et de l’argent. Ceci sans compter les problèmes qui ne sont pas évoqués : les visas, l’hébergement, la restauration, la programmation culturelle…et la sécurité en ces temps troubles.
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