Genre : Drame
Durée : 108’
Pays : République Tchèque, Slovaquie
Réalisatrice : Ondřej Provazník
Pour son premier long métrage réalisé en solo, Ondřej Provazník choisit de s’inspirer d’une affaire réelle qui a chamboulé tout le pays ; l’affaire « Bambini di Praga ». Entre 1973 et 2011, le maître de chœur et chef d’orchestre de talent a abusé sexuellement de 19 jeunes filles de la chorale, parmi lesquelles huit mineures. Ondřej rêvait d’en faire un film universel qui résonne à travers le monde et illustre cette culture du silence encore tenace.
Afin d’être le plus proche dans sa retranscription du scandale, il choisit des actrices dont c’est le premier rôle et qui ont l’âge des jeunes victimes.
Nous sommes au début des années 1990, en République tchèque. Karolina, 13 ans est une fan absolue de sa grande sœur Lucie, son ainée de 2 ans. Lucie fait partie d’un chœur de renommée mondiale qui a la particularité de faire des concerts internationaux.
À la tête de cette chorale, Machá Vitek, le chef de chœur aussi charismatique qu’intransigeant. Il ne laisse rien passer et se montre très sévère avec ses élèves, il ne s’entoure que de l’élite.
Afin de garder sa réputation, il n’hésite pas à les mettre en concurrence et les pousser dans leur retranchement. Il n’approuve que l’excellence.
Quand Machá entend la voix envoûtante de Karolina, il décide malgré son jeune âge de l’intégrer au groupe. Karolina est aux anges, non seulement elle va apprendre au côté du meilleur qu’elle adule, mais elle sera aussi avec sa sœur.
Le goût de la victoire va très se transformer en amertume. Malgré son jeune âge, elle comprendra que ce privilège à un prix ; celui de la perte de son innocence.
Connaissant le fait-divers, on pourrait s’attendre à être confronté à ces actes atroces très vite dans le film.
Toutefois, Ondřej en a décidé autrement. Il prend son temps dans le film pour poser ces personnages, démontrer leur talent indéniable pour le chant (elles méritent toutes leur place dans la chorale !) et montrer leur candeur. Ce ne sont que des enfants qui s’adonnent à leur activité préférée, la chanson.
Machá apparaît même comme un homme séduisant, passionné et talentueux. On succomberait presque s’il n’avait pas déjà une bague au doigt. Pourtant, ce n’est pas ça qui va l’arrêter, lui.
Le réalisateur propose un traitement basé sur la culture du silence. Il perpétue cette habitude des non-dits, on n’entend rien, pas de cris, pas de plaintes, pas de dénonciations.
Ce sont nos autres sens qui sont interpellés. On va devoir mobiliser notre vue en remarquant les regards fuyants, les rapprochements imperceptibles, ou encore les mouvements des corps.
Il y a un léger malaise qui s’installe insidieusement au fur et à mesure du film, on sent quelque chose de dysfonctionnel sans le percevoir. Pour aller plus loin dans l’implicite, Ondřej n’hésite pas à utiliser des images de reflets (miroir, piano, carrelage, écran noir de la TV…) pour exprimer de très belles scènes qui donnent aux personnages ou à certaines situations une apparence de songes. On refuse d’y croire !
Enfin, les voix d’anges résonnent dans leur chant et nous rappellent leur innocence. Telles des brebis inoffensives, elles sont livrées aux gestes assurés, puissants et matures de leur prédateur.
À noter que toutes les performances vocales sont vraies, le réalisateur n’a pas voulu mettre de playback. On ne peut donc que féliciter ces jeunes et talentueuses artistes.
Le mot de la fin sera pour la jeune comédienne Kateřina Falbrová qui interprète brillamment le rôle de Katrina. Elle incarne parfaitement ce personnage et rend ainsi hommage à toutes les victimes de cette abominable histoire. Bravo !
Kenza Yarhfouri
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