La recherche clinique s’impose de plus en plus comme un axe stratégique pour renforcer la souveraineté sanitaire du Maroc. C’est le message porté par Yasmine Lahlou, présidente de la Fédération Marocaine de l’Industrie et de l’Innovation Pharmaceutiques, lors d’un symposium organisé à Casablanca en partenariat avec ESHMOUN-Clinical Research CRO.
Longtemps cantonnée à une approche technique, la recherche clinique est désormais présentée comme un outil concret pour produire des données marocaines, mieux comprendre les profils des patients, améliorer l’accès aux traitements et renforcer la confiance dans les médicaments innovants, les génériques et les biosimilaires.
Pour les acteurs du secteur, l’enjeu est clair : le Maroc ne peut pas rester dépendant de données générées dans d’autres contextes médicaux et sur d’autres populations. En participant davantage aux essais cliniques, le Royaume peut mieux adapter l’innovation thérapeutique à ses propres réalités sanitaires.
Les chiffres présentés lors de la rencontre illustrent l’ampleur du marché. Les dépenses mondiales de recherche et développement en santé ont atteint 250 milliards de dollars en 2025, dont 66 milliards de dollars consacrés aux essais cliniques. En Afrique, ce segment pèse près de 1 milliard de dollars, tandis que le marché marocain est estimé à 25 millions de dollars, avec une croissance de 10%.
Le Maroc dispose déjà de plusieurs atouts : une industrie pharmaceutique structurée, des compétences médicales reconnues, un cadre réglementaire existant, des institutions mobilisées et des centres de recherche en développement. Mais les participants ont insisté sur la nécessité de rendre l’écosystème plus lisible, rapide, coordonné et prévisible.
Les freins identifiés ne sont pas seulement réglementaires. Ils concernent aussi l’imprévisibilité des délais, le manque de coordination entre acteurs, la qualité des données disponibles et le déficit de certains métiers spécialisés.
Les intervenants ont également souligné le rôle croissant des données de santé, des registres, de la pharmacovigilance, des études post-commercialisation et des outils numériques. L’intelligence artificielle ouvre, elle aussi, de nouvelles perspectives pour accélérer la recherche et améliorer l’analyse des données, à condition de disposer de dossiers médicaux fiables, interopérables et bien gouvernés.
Pour la Fédération, le Maroc dispose aujourd’hui d’une véritable fenêtre d’opportunité. Encore faut-il transformer l’ambition en méthode, avec des circuits clairs, des délais mesurables, des centres qualifiés, des compétences formées et des partenariats solides entre institutions, chercheurs, industriels et professionnels de santé.
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