IA et emploi : le Maroc dispose encore d’une fenêtre stratégique pour préparer les talents de demain

L’intelligence artificielle bouleverse déjà les méthodes de travail, mais au Maroc, elle ne se traduit pas encore par une suppression massive des emplois destinés aux jeunes diplômés. C’est l’un des principaux enseignements de l’Intelligence Forum organisé par Al Akhawayn University à Rabat, qui a réuni responsables publics, dirigeants d’entreprises, universitaires et représentants du patronat autour de l’avenir de l’employabilité à l’ère de l’IA.

Les intervenants ont dressé un constat partagé : l’intelligence artificielle modifie avant tout les missions confiées aux nouvelles recrues plutôt que les métiers eux-mêmes. Pour les entreprises marocaines, la priorité est désormais de recruter des profils capables de collaborer efficacement avec les outils d’IA, mais aussi d’en analyser les résultats avec suffisamment de recul et d’esprit critique.

Le président de la CGEM, Mehdi Tazi, a estimé que la grande majorité des emplois restent aujourd’hui peu exposés à un remplacement direct par l’IA. Cette lecture rejoint plusieurs études internationales citées lors des débats, qui montrent que la technologie automatise principalement certaines tâches sans faire disparaître les professions dans leur ensemble.

Les entreprises présentes ont toutefois souligné que l’adoption de l’IA s’accélère pour renforcer leur compétitivité. Selon Mohamed Horani, fondateur et PDG de HPS, cette transformation est désormais irréversible et impose aux futurs diplômés de maîtriser les nouveaux outils dès leur entrée sur le marché du travail. Certaines multinationales évaluent déjà les candidats selon leur niveau de maturité en intelligence artificielle et leur aptitude à remettre en question les réponses générées par les modèles.

Les participants considèrent néanmoins que le Maroc bénéficie encore d’un avantage : celui du temps. Alors que plusieurs économies avancées connaissent des difficultés d’insertion pour les jeunes diplômés malgré une forte demande de compétences en IA, le Royaume peut encore anticiper cette mutation et adapter son système de formation avant que les effets ne deviennent plus marqués.

Au-delà des inquiétudes, les échanges ont surtout mis en avant les opportunités offertes par une intelligence artificielle utilisée comme levier d’augmentation des compétences humaines. Les intervenants ont défendu l’idée d’un professionnel capable d’associer expertise technique, intelligence relationnelle, créativité et maîtrise des agents d’IA afin de produire davantage de valeur pour les entreprises et l’économie.

Les discussions ont débouché sur plusieurs priorités : renforcer la pensée critique et l’adaptabilité des étudiants, intégrer l’IA dans l’ensemble des cursus universitaires, développer davantage les formations en alternance avec les entreprises, bâtir une stratégie nationale autour de la valorisation des données et consolider les fondamentaux éducatifs avant de généraliser les outils d’intelligence artificielle à l’école.

Déjà engagée dans cette transformation, Al Akhawayn University a généralisé l’utilisation de l’IA dans toutes ses formations après plusieurs années d’accompagnement de son corps enseignant. L’établissement indique que 88 % de ses diplômés disposent d’une offre d’emploi avant l’obtention de leur diplôme, un résultat encore plus marqué pour les étudiants ayant suivi un parcours en alternance.

L’université prévoit de publier prochainement une synthèse des recommandations issues de cette première édition de l’Intelligence Forum, appelé à devenir un rendez-vous régulier consacré aux enjeux de l’intelligence artificielle et de l’emploi.

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