Les élections législatives approchent. Et avec elles revient cette période fascinante où certains responsables politiques découvrent soudain que les citoyens existent.
Pendant quelques semaines, les marchés redeviennent des lieux de rencontre, les cafés des laboratoires d’idées et les poignées de main une discipline olympique. Des élus que l’on cherchait parfois depuis cinq ans réapparaissent miraculeusement sur le terrain. Pas besoin d’avis de recherche. Il suffisait d’attendre la campagne électorale.
Le 23 septembre 2026, les Marocains seront appelés aux urnes. D’ici là, nous aurons droit au grand festival des promesses : davantage d’emplois, de meilleurs services publics, des hôpitaux plus efficaces, une école plus performante, des prix plus abordables et, pourquoi pas, des administrations où l’on ne vous demandera pas la photocopie d’un document déjà présent dans le dossier.
Sur le papier, le Maroc de demain sera formidable. Il le sera probablement encore davantage sur les affiches électorales.
Les candidats nous expliqueront qu’ils connaissent parfaitement les difficultés du quotidien. Certains découvriront peut-être même le prix des légumes, les délais pour obtenir un rendez-vous médical ou la joie subtile d’attendre une réponse administrative pendant plusieurs semaines. Une immersion express dans la vie réelle, avant de retourner aux réunions stratégiques.
Mais au-delà de la chorégraphie électorale, une question demeure : les citoyens croient-ils encore que leur vote peut réellement changer leur quotidien ?
Car le principal adversaire des partis ne portera peut-être aucune couleur politique. Il ne figurera sur aucune affiche et n’organisera aucun meeting. Cet adversaire s’appelle la défiance.
Beaucoup de citoyens ont entendu les mêmes discours, parfois prononcés par les mêmes visages, avec les mêmes slogans légèrement modernisés. On change la police d’écriture, on ajoute une vidéo verticale, quelques drones et une musique inspirante. Le programme, lui, semble parfois avoir bénéficié d’une simple mise à jour graphique.
Pourtant, se détourner des urnes ne fera pas disparaître la politique. L’abstention ne laisse pas un siège vide au Parlement. Elle permet simplement aux autres de décider qui va l’occuper.
Les partis ont donc une responsabilité immense : proposer des candidats compétents, intègres et proches des réalités, mais surtout expliquer clairement ce qu’ils veulent faire, comment ils comptent le financer et dans quels délais. Car promettre de « transformer le Maroc » est une belle formule. Encore faudrait-il préciser la destination, le budget et, idéalement, éviter de perdre les bagages en route.
Les électeurs ont également leur part de responsabilité. Voter ne devrait pas être un acte dicté par une relation personnelle, un intérêt ponctuel ou une promesse de dernière minute. Un bulletin de vote n’est ni un service rendu à un voisin ni une carte de fidélité.
Les prochaines élections ne devraient donc pas être uniquement une compétition entre partis. Elles devraient être un examen collectif.
Un examen pour les candidats, qui devront convaincre autrement qu’avec des slogans.
Un examen pour les élus sortants, qui devront expliquer ce qu’ils ont réellement accompli.
Et un examen pour les citoyens, qui devront décider s’ils veulent rester spectateurs ou redevenir acteurs.
Le 23 septembre, les bureaux de vote fermeront, les résultats tomberont et les vainqueurs célébreront leur succès.
Puis les affiches disparaîtront.
Les poignées de main se feront plus rares.
Les cafés retrouveront leurs habitués.
Et les citoyens recommenceront à chercher certains élus.
Avec un peu de chance, cette fois, ils auront laissé leur numéro.
Édito par Mehdi Msaddeq
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