Genre : Drame
Durée : 99’
Pays : Singapour, Pays-Bas, France, Espagne, Corée du Sud
Réalisateur : Siyou Tan
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Amoeba, un titre bien mystérieux. C’est un terme scientifique pour décrire un organisme eucaryote unicellulaire sans forme définie. Un choix loin d’être anodin pour celle qui va disséquer au scalpel la société singapourienne d’aujourd’hui.
L’intrigue se déroule dans un lycée de filles prestigieux qui fête son centenaire. Les élèves portent un uniforme blanc immaculé. Toutes doivent rentrer dans les rangs et montrer un comportement et une allure irréprochables. L’impitoyable proviseure et le corps professionnel y veillent.
Dans cet univers propret, débarque Choo, une adolescente de seize ans, virée de son ancien lycée et qui fait tache dans cet établissement prestigieux. Son esprit rebelle va attirer l’attention de 3 autres camarades, un peu en marge de l’esprit du lycée. Ensemble, elles vont décider de créer un gang, à l’image de ceux des triades chinoises ; des cellules mafieuses qui ont marqué l’histoire par le pouvoir et leur brutalité sans limite.
À leur niveau, elles défendent d’autres valeurs plus universelles. Leurs piliers deviennent la justice, la vérité, la fraternité et la loyauté. Leur objectif est de lutter contre le conformisme de la société et de se rebeller contre le contrôle excessif. Pour se réunir, elles ont trouvé une grotte sous un chantier de construction, un lieu sombre, visqueux, à l’opposé de ce qui se passe à la surface. C’est leur endroit secret, loin des radars, loin de la surveillance permanente, loin des adultes envahissants. Elles n’ont plus à jouer de rôle, elles retirent leur masque, s’expriment librement, façonnent leur identité et se reconnectent à leur insouciance. En fil rouge, l’histoire d’un fantôme. Choo est persuadée qu’il vit avec elle dans sa chambre et ses camarades ne remettent pas en question sa parole contrairement aux adultes.
Pour s’exprimer librement et faire exploser leur énergie juvénile, les filles utilisent un caméscope. Aussi, la réalisatrice, Siyou Tan, nous propose une double narration, une combinaison de fiction et de documentaire. Celle de sa caméra, une image stable, léchée et contrôlée. La voix officielle qui illustre la ville de Singapour. De l’autre, une image vive, fougueuse et libre, celle des adolescentes. La voix intime, celle qui représente leur jeunesse et leur envie de sortir du cadre imposé.
Siyou dénonce la pression posée sur les épaules frêles de la jeunesse. Comment peut-on grandir et s’épanouir dans un système si oppressant où l’excellence est de rigueur ? Elle s’interroge sur cet eldorado moderne pour les capitalistes où rien ne dépasse. Elle s’attaque à l’emblème national, le Merlion, véritable site touristique censé représenter les racines du pays. Son interprétation repose sur des mythes qui sont aujourd’hui remis en question.
Siyou se demande sur quoi repose réellement Singapour. Elle espère à travers ses interrogations créer une nouvelle dynamique de la société. Un premier film qui nous plonge dans la vie à Singapour et nous interroge sur l’avenir que l’on veut pour cette génération Alpha.
KENZA YARHFOURI
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