KENZA fait son cinéma – FORASTERA

Genre : Drame
Durée : 98’
Pays : Espagne, Suède, Italie
Réalisateur : Lucía Aleñar Iglesias
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Deux sœurs adolescentes, Cata et Eva, viennent passer leurs vacances estivales dans la maison d’enfance de leur mère, Pepa, chez leurs grands-parents. Amoureux comme au premier jour, Catalina et Tomeu sont beaux et rayonnent de bonheur. Ils sont heureux d’avoir leurs petites-filles à la maison et profitent ensemble de moments de complicité. Eva partage la passion de sa grand-mère pour la cuisine, tandis que Cata profite des talents de couturière de sa mamie pour se refaire sa garde-robe. La maison gravite autour de Catalina qui la tient à la perfection. Il n’y a pas un nuage sur le tableau et la vue spectaculaire de leur balcon ne vient que le confirmer. La mer aux nuances de bleu est calme et infinie.
Ça sent les vacances d’été, les séances de bronzage, les apéros/jeux de cartes au balcon, les sorties en kayak, les premiers amours. Rien ne pourrait entacher cette carte postale idyllique, rien sauf la mort.

En rentrant de soirée, Cala tombe sur sa grand-mère écroulée au sol, sans vie. Comment réagir ? Personne n’est jamais préparé à affronter ce genre de situation. Les événements s’enchaînent comme du papier à musique, les gens sont rôdés. Pepa rentre en urgence, elle porte du noir, le cercueil est emmené à l’église, les amis viennent présenter leurs condoléances, les embrassades, les mots de consolation qui sonnent vide, et la ressemblance flagrante de Cata à sa grand-mère.

Leur monde s’écroule. Tomeur a perdu l’amour de sa vie, il est inconsolable.
L’heure des questions a sonné. L’incompréhension s’installe, pourquoi, elle était en pleine forme la veille ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Comment on aurait pu y remédier ? Lucía Aleñar Iglesias crée la présence dans l’absence. En pleine période d’expérimentation, à la recherche de références et d’idoles à qui ressembler, Cata entame un jeu de rôle. Face au désarroi de son grand-père, l’adolescente semble se métamorphoser par instants en Catalina. Un jeu auquel elle s’adonne pour atténuer la tristesse de Tomeur et l’accompagner dans son deuil. Ainsi, le personnage principal finit par incarner deux rôles, celui de l’adolescente et la voix/l’apparence bienveillante de sa grand-mère disparue. Un basculement qui se fait naturellement par nécessité de la situation.

Catalina semble toujours parmi eux. Elle est dans tous les murs de la maison, dans les souvenirs qu’ils partagent ensemble, dans les habits qu’elle laisse derrière elle imprégnée de son odeur, dans le gâteau qu’elle a préparé la veille, dans ses photos d’elle qui la rende immortelle ou encore dans le livre manuscrit de recettes qu’elle laisse.

Lucía pousse le curseur de sa présence encore plus loin. Avec l’aide de sa directrice photo, elle donne à Catalina une présence intangible laissant au public la décision de la voir ou non. La réalisatrice s’interroge de façon générale à la question du deuil. Elle illustre avec beaucoup de subtilités comment dans une même famille le deuil est vécu de façon très différente. Les personnes ne sont pas synchronisées dans leurs sentiments. Les étapes du deuil sont relatives à chacun, il n’y a pas une seule manière de le vivre. Chacun le vit à son rythme et à sa façon. Ce décalage est magnifiquement mis en scène et permet un espace d’empathie pour comprendre l’autre.

Enfin, Lucía partage un dernier message, la nécessité de maintenir avec soi les personnes disparues. Merci pour cette ode à la vie dans la mort. Un film touchant et infiniment humain.

KENZA YARHFOURI

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