Genre : Documentaire
Durée : 98’
Pays : France, Pays-Bas
Réalisateur : Vladlena Sandu
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Quelques dates clé sont nécessaires pour comprendre le contexte de ce documentaire autobiographique. 1991 marque un tournant dans l’URSS qui va se dissoudre. Le drapeau rouge sera remplacé par le drapeau russe, marquant ainsi la fin de l’Union Soviétique.
Cette même année, la Tchétchénie proclame son indépendance, et s’ensuit une confrontation entre les armées de la fédération de Russie et les séparatistes tchétchène. C’est dans cet environnement que s’inscrit l’enfance de la réalisatrice.
Vladlena Sandu a aujourd’hui 43 ans et décide de replonger dans son passé avec des yeux d’enfant. Elle nous propose un travail minutieux et recherché qu’on ne peut qu’applaudir. Une époque sombre qu’elle a vécue et partage avec nous avec une bonne dose de créativité et d’authenticité. Tel un journal intime, elle nous raconte la période entre ses 7 ans et ses 14 ans.
Tout commence pour elle quand ses parents décident de l’envoyer vivre chez ses grands-parents. Elle quitte sa vie, sa maison, son foyer en Crimée dans la ville maritime de Feodossia, pour s’installer chez des inconnus à Grozny.
Elle découvre un grand-père violent, maltraitant et autoritaire qu’elle finit par détester. Ancien mutilé de guerre, elle n’a aucune sympathie pour lui et l’appelle d’ailleurs que par son nom complet. À peine arrivée, elle intègre l’école pour apprendre à lire, à écrire et surtout assimiler les valeurs fondamentales qui sont « la Mère, la Patrie et Lenin ».
Le cycle de brutalité commence avant même que les armées soient envoyées au front. C’est une violence du quotidien à l’école comme à la maison. Pour se réfugier, elle se rend au cinéma où le personnage de King Kong devient son héros préféré. Elle ne comprend d’ailleurs pas pourquoi il représente le mal, rien n’est plus monstrueux que les humains qui l’entourent et cette certitude ne fera que s’accentuer au cours des 10 ans de guerre survenue sur le sol tchéchène.
Pour illustrer la guerre, Vladlena a recours à des mises en scène enfantines pour parler de barbarie sans nom. Elle crée un théâtre de poupées et figurines diverses qui jouent différentes scènes clé dont elle a été témoin ou victime. Elle va survivre aux fouilles des militaires, au rationnement de nourriture, aux coupures d’électricité ou encore à la peur continue de perdre sa mère et de ne jamais revoir son père.
Le côté enfant est aussi nourrit dans les réflexions très naïves de la petite Vlada. Elle s’interroge face à sa maîtresse qui alimente les messages de propagande « Qui est Lenin, je ne veux pas ressembler à ce monsieur chauve ? ». Elle demande : « C’est quoi un drogué et une prostituée ? », quand son grand-père parle injustement de ses parents.
Le début et la fin du film s’ouvrent sur des champs de couleurs ; jaune, rouge, violet… Une ode à la vie qui est belle et se régénère au fil des saisons pour nous proposer un spectacle éblouissant. C’est nous les Hommes qui sont des machines de guerre, de acteurs de destructions massives, on détruit nos constructions et on s’entretue pour un prétendu pouvoir !
Dans ce témoignage sincère et bouleversant, Vladlena Sandu se pose une question simple : « Comment briser le cercle de violence, arrêter les traumatismes multigénérationnels et ramener la paix pour qu’aucun enfant n’ait à subir le même destin qu’elle ? ».
Témoin et victime de cette guerre, elle dédie son film à tous les enfants qui vivent cette horreur. À mon tour de poser une autre question qui m’est venu à travers les photos d’enfants-soldats partagées par Vladlena à la fin du film ; « Qu’est -ce qui provoque cette fascination pour les armes ? » Je vous laisse méditer là-dessus, car je n’ai pas de réponse…
Kenza Yarhfouri
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