Dans le nord du Japon, des transporteurs robotisés déplacent des plaquettes de silicium sur des rails suspendus au cœur de la nouvelle usine de Kioxia. Le fabricant japonais de mémoires flash entend répondre à la forte demande générée par l’essor mondial de l’intelligence artificielle.
La multiplication des centres de données dédiés à l’IA stimule les besoins en semiconducteurs, provoquant des tensions sur l’approvisionnement et une hausse des prix, notamment pour les composants de mémoire.
Encore peu connu du grand public, Kioxia connaît une ascension spectaculaire. Son action a été multipliée par sept depuis le début de l’année, permettant brièvement au groupe de dépasser Toyota parmi les principales capitalisations boursières japonaises.
Spécialisée dans les mémoires NAND, capables de conserver les données sans alimentation électrique, l’entreprise profite de besoins croissants en stockage. Longtemps utilisées dans les smartphones, les cartes mémoire et les clés USB, ces puces deviennent essentielles aux serveurs et aux infrastructures d’IA.
Le patron du groupe, Hiroo Ota, se montre confiant dans la poursuite de la croissance du marché. À Kitakami, la nouvelle usine de Kioxia mise sur une production hautement automatisée, réalisée dans des salles blanches où les puces sont fabriquées à l’abri de toute poussière.
Cette expansion s’accompagne toutefois de plusieurs défis. Le groupe japonais doit notamment faire face à la montée en puissance du chinois YMTC, tandis que les investissements massifs dans l’intelligence artificielle alimentent les craintes d’une éventuelle bulle.
L’impact économique est déjà visible dans la région de Kitakami, où l’activité de Kioxia favorise l’emploi et dynamise les entreprises locales. Certains habitants restent néanmoins prudents, rappelant que l’industrie des semiconducteurs est marquée par de fortes alternances entre croissance et ralentissement.
Le succès de Kioxia s’inscrit dans la volonté du Japon de retrouver une place majeure dans cette industrie stratégique. Après avoir représenté près de la moitié du marché mondial dans les années 1980, le pays en détient aujourd’hui moins de 10 %.
Tokyo souhaite multiplier par huit les revenus du secteur d’ici à 2040, en soutenant le développement de nouveaux pôles technologiques. Issu de la branche mémoire de Toshiba cédée en 2018, Kioxia envisage désormais une cotation aux États-Unis et anticipe une forte progression de ses bénéfices.
Porté par la vague de l’IA, le groupe japonais accélère. Reste à savoir combien de temps cette demande exceptionnelle continuera d’alimenter le marché mondial des puces mémoire.
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