Dans son interview à l’Infomédiaire, Sami Romdhane, Directeur Général de Visa Maroc, expose la stratégie de l’entreprise à l’occasion de la Coupe d’Afrique des Nations 2025. L’événement, au-delà de sa dimension sportive, est perçu comme un puissant catalyseur pour l’accélération de l’adoption des paiements digitaux au Maroc, et comme une répétition générale avant la Coupe du Monde 2030.
La CAN 2025 : Un accélérateur pour l’innovation
Visa, en tant que sponsor d’événements sportifs majeurs à l’échelle mondiale, profite de la CAN 2025 pour introduire ses dernières innovations technologiques. L’objectif est de créer une expérience de paiement « frictionless » (sans friction) pour les visiteurs internationaux et les citoyens marocains.
Sami Romdhane a souligné que cet événement a déjà un effet d’accélération sur de nombreux projets d’infrastructure, en collaboration avec les banques partenaires. Cela inclut le déploiement de nouvelles technologies de cartes, la tokenisation, et des solutions d’acceptation innovantes comme le « Tap to Phone », qui permet à un smartphone de fonctionner comme un terminal de paiement.
L’approche de Visa consiste à analyser l’ensemble du parcours des supporters pour s’assurer que chaque point de contact, du transport à l’accès au stade, offre une expérience de paiement fluide et sécurisée. La CAN 2025 est ainsi considérée comme un « laboratoire à ciel ouvert » pour tester et affiner ces technologies en prévision de la Coupe du Monde 2030.
Le défi des paiements inter-entreprises (B2B)
Malgré les progrès, un paradoxe demeure : sur un volume de 140 milliards de dollars de paiements inter-entreprises au Maroc, seuls 1 à 2% sont effectués par voie électronique. La majorité des transactions se font encore par chèque, virement, ou en espèces. Pour adresser ce défi, Visa ne se contente pas de promouvoir l’acceptation des cartes, mais propose également des solutions intégrées pour les entreprises, telles que des outils de monitoring et de réconciliation pour la gestion de flottes de cartes professionnelles.
Sami Romdhane identifie trois freins principaux à la digitalisation des paiements chez les petits commerçants :
1. La perception du coût : Les commerçants surestiment souvent les frais de transaction, qui sont en réalité plus bas et compensés par l’augmentation du chiffre d’affaires.
2. La logistique : La lourdeur perçue du processus pour s’équiper d’un terminal de paiement.
3. L’écosystème du cash : De nombreux petits commerçants dépendent des liquidités pour payer leurs propres fournisseurs, qui n’acceptent que le cash. La solution réside dans la digitalisation de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.
Sécurité et confiance : Le rôle crucial de l’IA
La sécurité est un pilier central de la stratégie de Visa. Une étude « Stay Secure » menée par l’entreprise révèle que si 76% des Marocains font confiance aux paiements digitaux, une part importante a déjà été confrontée à des tentatives de fraude. Sami Romdhane précise que le taux de fraude réel au Maroc est parmi les plus bas de la région, et que les utilisateurs sont de plus en plus avertis.
Pour combattre la fraude, Visa s’appuie massivement sur l’intelligence artificielle (IA). L’entreprise a investi plus de 12 milliards de dollars dans son infrastructure, y compris l’IA, au cours des cinq dernières années.
Chaque transaction est analysée à travers plus de 500 points de données pour évaluer le risque de fraude en temps réel, ce qui a permis d’éviter plus de 40 milliards de dollars de fraude à l’échelle mondiale.
Sami Romdhane met en lumière une stratégie ambitieuse où les grands événements sportifs servent de vitrine et de terrain d’expérimentation pour une transformation digitale profonde de l’écosystème des paiements au Maroc, avec la sécurité et l’innovation comme maîtres-mots.
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