Depuis plus d’un an, Revolut nourrit l’ambition de poser ses valises au Maroc. Si jusqu’ici Bank Al-Maghrib était restée discrète sur l’éventualité de l’entrée de la néobanque britannique sur le marché national, elle est finalement sortie de sa réserve mardi, à l’issue de la réunion trimestrielle du Conseil de BAM.
Pour la première fois, Abdellatif Jouahri, gouverneur de la Banque centrale, s’est exprimé ouvertement sur l’arrivée potentielle de Revolut. Avec un discours mesuré mais ferme, il a clarifié la position de son institution, régulateur du marché bancaire, et mis en évidence les obstacles auxquels la néobanque devra faire face pour espérer obtenir un agrément.
«Revolut est très bien connue. C’est une banque anglaise, fondée d’ailleurs par un Russe et un Anglais, et qui a beaucoup avancé. Revolut est valorisée à 40 milliards de dollars maintenant. Nous la connaissons, elle travaille essentiellement de manière digitale et elle est présente dans pas mal de pays», a reconnu Abdellatif Jouahri, avouant que les responsables de la néobanque avait multiplié les prises de contact au cours des derniers mois.
«Ils ont été reçus par le directeur général de Bank Al-Maghrib en juin. Et ils m’ont écrit en me disant que tout le conseil d’administration veut venir me voir début octobre», a poursuivi Jouahri.
Pour le patron de la Banque centrale, l’arrivée de Revolut doit être évaluée avec une rigueur extrême. «Lorsque nous étudions une demande d’agrément, bien sûr nous examinons d’abord le projet industriel : qu’est-ce que vous apportez ? Quelle est la valeur ajoutée ? Après, nous regardons quel est le tour de table, qui sont les fondateurs, leur technicité, leur activité à travers le monde. Nous sommes aussi, en tant que régulateur, responsables de l’équilibre du marché. Nous ne pouvons pas permettre à un intervenant qui vient de désarticuler le marché», a prévenu le wali de BAM.
Un niet poli ?
Un expert du secteur bancaire marocain, qui a requis l’anonymat, interprète ces propos comme un signal de fermeture.
«Revolut n’aura pas de nouvelle licence de banque universelle au Maroc, c’est un niet soft de la part de Jouahri. Ils auront éventuellement une licence de société de transfert de fonds, d’opérateur de paiement ou de service financier spécialisé, mais la pression du GPBM, le syndicat des banques est énorme. Jamais ils ne permettraient à un opérateur étranger d’avoir une licence bancaire nouvelle émise», analyse notre interlocuteur.
«Le terme équilibre du marché est un euphémisme pour désigner la concurrence monopolistique existante. Il y a très peu de banques commerciales au Maroc, c’est un secteur concentré. Nos voisins mauritaniens ont 17 banques commerciales contre 10 banques universelles au Maroc. Revolut, avec son modèle 100% digital et ses OPEX très faibles, représente un risque sérieux pour le secteur», poursuit la même source.
Des niches pour contourner les résistances
Face à ce verrouillage, la néobanque pourrait être contrainte d’adopter une stratégie indirecte. «Revolut peut brosser dans le sens du poil en se focalisant sur les cryptomonnaies ou l’inclusion financière. Sortir des sentiers battus et des chasses gardées des grandes banques locales permettrait de travailler sur des niches et de convaincre le régulateur de les laisser opérer. Cela leur donnerait le temps de faire leur place sur le marché en attendant un assouplissement de la réglementation», estime notre interlocuteur.
La question de l’agrément reste un point d’achoppement. Jouahri a rappelé que dans d’autres pays, Revolut avait obtenu des autorisations limitées. Mais l’analyste nuance. «Concernant les agréments limités, ce n’est pas quelque chose qui existe au Maroc. Revolut va certainement devoir faire un choix stratégique pour opérer avec une implémentation restreinte pendant deux ans, le temps d’étudier le secteur et de proposer des services à forte valeur ajoutée pour les Marocains».
Revolut arrive donc dans un environnement où la prudence du régulateur reflète aussi la volonté de protéger un secteur dominé par un petit nombre d’acteurs. Pour Bank Al-Maghrib, la règle est simple. «L’agrément tient bien sûr sur l’honorabilité, l’expérience et la valeur ajoutée du projet industriel, également de l’équilibre du marché global. Et lorsque nous donnons l’agrément, nous le limitons si nous devons le faire», a tranché Jouahri.
Faiza Rhoul
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