Lors d’une rencontre clé organisée par le Conseil de la Concurrence, la Fédération Marocaine des Technologies de l’Information, des Télécommunications et de l’Offshoring (APEBI) a présenté une vision stratégique pour l’avenir des plateformes numériques au Maroc.
Portée par son président, Redouane El Haloui, la fédération appelle à l’édification d’un modèle national fondé sur l’ouverture, la maîtrise des infrastructures et, surtout, la souveraineté des données, un enjeu capital pour la compétitivité des entreprises marocaines.
Une complémentarité entre trois acteurs clés
Face à l’hégémonie des grandes plateformes internationales, le tissu économique marocain, et en particulier les petites et moyennes entreprises (PME), se heurte à un défi de taille : la dépendance. Actuellement, l’acquisition d’un client coûte cher, mais sa fidélisation est rentable. Or, lorsque les données client sont captées et contrôlées par l’intermédiaire, les PME se retrouvent dans l’obligation de « racheter » l’accès à leurs propres clients ; un cycle qui freine leur croissance et empêche la construction d’un actif durable.
Pour contrer cette dynamique, l’APEBI propose un écosystème vertueux reposant sur une complémentarité entre trois acteurs clés.
D’une part, des marketplaces agissant comme des opérateurs d’infrastructure ouverts, fournissant des services essentiels tels que la logistique, le paiement sécurisé ou la gestion des retours via des API interopérables.
D’autre part, des PME marocaines digitalisées qui conservent la pleine maîtrise de leur relation client.
Enfin, un écosystème de PME technologiques locales pour accompagner cette transformation numérique avec des outils de CRM, d’analyse de données et d’automatisation.
Dans ce modèle, la marketplace ne possède pas le client ; elle monétise l’infrastructure qu’elle met à disposition. Le marchand, lui, garde la main sur son patrimoine le plus précieux, en l’occurrence sa base de données client.
Cette approche permet de transformer la donnée en un véritable actif économique national plutôt qu’en une simple rente d’intermédiation.
C’est dans ce contexte que la vision du président de l’APEBI prend tout son sens. « Notre secteur vit une transformation profonde : l’enjeu n’est plus seulement d’adopter la technologie, mais de la comprendre, de la maîtriser et de l’orienter au service de notre souveraineté numérique et de notre développement économique. Notre responsabilité est collective et urgente, » a souligné Redouane El Haloui. Cette déclaration met en lumière la nécessité d’une action concertée pour que le Maroc ne subisse pas la révolution numérique, mais en devienne un acteur souverain.
Cette démarche s’inspire de modèles internationaux qui ont fait leurs preuves, comme le réseau de commerce ouvert (ONDC) en Inde ou le système de paiement interopérable M-Pesa au Kenya, qui ont tous deux veillé à ce que la relation client reste ancrée dans le tissu économique local. De même, le Digital Markets Act (DMA) européen favorise la transparence et une concurrence plus loyale.
Dès lors, l’appel de l’APEBI n’a pas vocation à freiner le développement des plateformes, mais à clarifier leur rôle pour bâtir un avenir numérique plus équilibré.
Le Maroc dispose aujourd’hui de marketplaces structurées, d’un écosystème technologique compétent et des PME prêtes pour négocier le virage numérique. Ce sont autant d’atouts qui doivent permettre de faire de cette vision une réalité créatrice de valeur pour toute son économie.
Rejoignez-nous sur WhatsApp
Rejoignez-nous sur telegram
Suivez-nous sur Google News







