Pionnier de la radiologie interventionnelle au Maroc et en Afrique du Nord, le Dr Mrani Zentar Alae, expert reconnu au sein du Groupe Oncorad, est le seul à réaliser la majorité des actes les plus complexes et innovants de sa discipline dans le pays. Parmi ces prouesses médicales figurent la cryoablation guidée par imagerie, l’accès transcutané pour la réalisation de biopsies complexes (sous carinaire et médiastinale), l’embolisation portale, et les biopsies sous TEP-scanner.
À travers cet entretien, il nous éclaire sur les avancées majeures de sa discipline et détaille comment ces techniques mini-invasives révolutionnent la prise en charge des patients. De la réparation endovasculaire à la gestion des urgences vitales, il partage sa vision d’une médecine de précision, guidée par l’imagerie, et souligne l’importance cruciale de la formation et de la démocratisation de ces soins de pointe à l’échelle nationale.
Évolution des techniques endovasculaires
Parmi les actes vasculaires interventionnels thérapeutiques (angioplasties, endoprothèses, embolisations), quelles sont les avancées technologiques récentes qui ont le plus transformé votre pratique quotidienne au sein du Groupe Oncorad ?
Imaginez que vos artères sont des tuyaux. Avec le temps, ou à cause d’une maladie, ces tuyaux peuvent se boucher, se rétrécir ou se déchirer. La radiologie interventionnelle vasculaire, c’est l’art de réparer ces tuyaux de l’intérieur, sans ouvrir le corps, en passant par des petites incisions de quelques millimètres.
Parmi les avancées qui ont véritablement changé notre façon de travailler, on compte les stents couverts de nouvelle génération. Ce sont des petits ressorts métalliques recouverts d’un tissu, que l’on place à l’intérieur d’une artère ou d’une veine pour la maintenir ouverte. Les modèles actuels sont beaucoup plus précis et durables qu’avant.
L’imagerie 3D en temps réel (Cone Beam CT) est également une avancée majeure. Notre salle d’intervention est équipée d’un appareil qui permet, pendant l’opération, de voir en 3D où nous en sommes. C’est comme avoir un GPS à l’intérieur du corps du patient. Cela réduit les erreurs et améliore considérablement la sécurité.
De plus, les micro-cathéters ultra-fins nous permettent désormais d’atteindre des vaisseaux très petits et très profonds, comme ceux qui alimentent une tumeur, avec une précision millimétrique. Cela permet de traiter des tumeurs que l’on ne pouvait pas atteindre avant sans passer par la chirurgie.
Enfin, la fusion d’images (CT/IRM et fluoroscopie) consiste à superposer les images du scanner ou de l’IRM faits avant l’opération avec ce que l’on voit en direct. C’est comme naviguer avec une carte détaillée en main. Chez Oncorad Group, cela a particulièrement amélioré nos interventions sur les tumeurs hépatiques et les anévrysmes aortiques.
Prise en charge oncologique par chimioembolisation
Concernant l’embolisation chimique (chimioembolisation) intra-artérielle, comment coordonnez-vous ces interventions avec les équipes d’oncologie médicale pour optimiser le parcours de soins des patients atteints de tumeurs hépatiques ?
La chimioembolisation est une technique qui permet de délivrer de la chimiothérapie directement dans la tumeur, en bloquant en même temps les vaisseaux qui la nourrissent. C’est comme couper l’eau et l’électricité d’un bâtiment en même temps. Le résultat est que la tumeur reçoit une dose de chimio très concentrée, tout en étant privée de sang. Et le reste du corps, lui, est beaucoup moins exposé aux effets secondaires.
La clé du succès réside dans le travail en équipe multidisciplinaire. Lors des réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP), chaque cas de tumeur hépatique est discuté collectivement par l’oncologue, le chirurgien, le radiologue et l’hépatologue. Nous décidons ensemble si la chimioembolisation est le meilleur choix, ou si d’autres traitements doivent être combinés.
Un suivi d’imagerie rigoureux est également indispensable. Après chaque séance, nous évaluons par scanner ou IRM si la tumeur a répondu au traitement. Cela permet d’adapter la stratégie en temps réel.
Enfin, la coordination avec les soins de support est essentielle. Nous travaillons main dans la main avec les équipes de soins palliatifs et de nutrition pour que le patient soit dans les meilleures conditions avant et après l’intervention.
Innovations en cryoablation et traitements percutanés
Vous avez récemment réalisé des premières médicales en matière de cryoablation guidée par imagerie. Comment voyez-vous l’avenir de ces techniques d’ablation percutanée par rapport à la chirurgie traditionnelle pour les tumeurs solides ?
La cryoablation, c’est littéralement “tuer par le froid”. On introduit une fine aiguille dans la tumeur, et on génère une boule de glace à l’intérieur du tissu cancéreux, à des températures pouvant atteindre -160°C. Les cellules de la tumeur sont détruites, sans qu’on ait besoin d’opérer.
J’ai eu le privilège de réaliser la première cryoablation au Maroc et en Afrique du Nord. Cette expérience m’a convaincu que ces techniques représentent une véritable révolution. Elles impliquent moins de douleur et une récupération plus rapide. Le patient rentre souvent chez lui le lendemain, contre plusieurs semaines de convalescence après une chirurgie ouverte.
De plus, c’est une technique répétable. Si la tumeur récidive, on peut refaire le traitement, ce qui est difficile à répéter avec la chirurgie classique. Elle est également compatible avec la chirurgie, les deux approches ne s’opposant pas. On choisit la cryoablation pour des tumeurs petites et accessibles, et la chirurgie pour des cas plus complexes.
Quant à l’avenir au Maroc, je suis convaincu que dans les 5 à 10 prochaines années, la cryoablation deviendra un traitement de première ligne pour de nombreuses tumeurs (rein, foie, poumon, os). Notre rôle est de former les équipes et d’équiper les différents établissements d’Oncorad Group.
Gestion des urgences vasculaires
Pour les actes de thrombectomie, thromboaspiration et thrombolyse in situ, quels sont les protocoles d’urgence mis en place au sein de vos cliniques pour garantir une intervention dans les délais les plus brefs ?
Quelques définitions simples d’abord. Une thrombose est un caillot de sang qui bouche un vaisseau. La thrombectomie consiste à retirer mécaniquement le caillot avec un outil spécial. La thromboaspiration permet d’aspirer le caillot comme avec une seringue. Enfin, la thrombolyse in situ consiste à injecter directement un médicament qui dissout le caillot.
Dans les urgences vasculaires, le temps est un organe. Chaque minute compte. Voici comment nous fonctionnons. Un protocole d’alerte est activé en moins de 30 minutes. Dès qu’un patient arrive avec une occlusion artérielle aiguë ou une embolie pulmonaire grave, toute l’équipe est mobilisée : radiologue interventionnel, anesthésiste, infirmiers de bloc.
Une salle d’angiographie est disponible 24h/24. Les établissements d’Oncorad Group sont équipés pour intervenir à toute heure. La disponibilité permanente du matériel est une priorité absolue.
La coordination avec les urgences et la réanimation est également primordiale. Nous fonctionnons en circuit court avec les services d’urgences et de réanimation. Un appel direct suffit pour déclencher la procédure, sans passer par des étapes administratives qui perdraient du temps précieux.
Sécurité et précision des biopsies guidées
La liste mentionne un large éventail de biopsies percutanées (tête, cou, thorax, abdomen, rachis). Comment les nouvelles technologies d’imagerie (comme le scanner de dernière génération ou le TEP-scanner) améliorent-elles la précision et la sécurité de ces prélèvements complexes ?
Une biopsie consiste à prélever un tout petit morceau de tissu pour l’analyser au laboratoire et savoir si c’est cancéreux ou non. Réalisée sous guidage d’imagerie, c’est une procédure mini-invasive qui évite souvent une opération chirurgicale.
Les nouvelles technologies changent vraiment la donne. Le scanner de dernière génération (CT multibarrettes) nous donne des images en temps réel avec une résolution extrêmement fine. On voit exactement où se trouve l’aiguille par rapport à la tumeur, aux vaisseaux, et aux organes voisins. La précision est millimétrique.
Le TEP-scanner (PET-scan) montre non seulement où est la tumeur, mais aussi quelle partie est la plus “active”, là où les cellules se multiplient le plus vite. On peut ainsi biopsier précisément la zone la plus agressive, ce qui améliore considérablement la valeur diagnostique du prélèvement.
Enfin, la navigation assistée par intelligence artificielle utilise des logiciels qui calculent automatiquement le meilleur trajet pour l’aiguille, en évitant les zones dangereuses. C’est une aide précieuse pour les biopsies dans des zones difficiles comme la base du crâne, le rachis ou le médiastin.
Dérivations et drainages biliaires
Les interventions sur les voies biliaires (drainage, dilatation, pose d’endoprothèses) sont souvent délicates. Quels sont les principaux défis techniques que vous rencontrez lors de ces procédures et comment les surmontez-vous ?
Les voies biliaires sont les canaux qui transportent la bile du foie vers l’intestin pour aider à digérer les graisses. Quand une tumeur ou une cicatrice bouche ces canaux, la bile s’accumule dans le foie, ce qui cause une jaunisse (peau jaune), des démangeaisons, et peut aller jusqu’à l’insuffisance hépatique. Notre rôle est de débloquer ou de dériver ces canaux sans chirurgie.
Les principaux défis et nos solutions sont les suivants. Les canaux biliaires sont très fins, on travaille dans des espaces de quelques millimètres. Les aiguilles et cathéters de nouvelle génération sont désormais assez fins et flexibles pour naviguer dans ces canaux sans les abîmer.
Le risque infectieux est élevé, car la bile stagnante est un terrain propice aux infections graves. Nous travaillons systématiquement sous antibioprophylaxie et avec des conditions stériles rigoureuses.
En cas d’obstruction par tumeur, quand un cancer comprime les voies biliaires, nous posons des endoprothèses métalliques (stents biliaires) qui maintiennent le canal ouvert sur le long terme. Ces prothèses métalliques auto-expansibles ont une durabilité bien supérieure aux anciennes prothèses plastiques.
Prise en charge de la douleur et anesthésie
Pour les actes interventionnels non vasculaires thérapeutiques, tels que le drainage de collections ou la pose de néphrostomie, quelle est votre approche concernant la gestion de la douleur et le choix du type d’anesthésie (locale, sédation consciente, générale) ?
Un drainage consiste à évacuer du liquide accumulé anormalement (pus, sang, bile, urine) dans une cavité du corps. Une néphrostomie, c’est poser un petit drain directement dans le rein quand les urines ne peuvent plus s’écouler normalement, à cause d’un calcul ou d’une tumeur qui bloque l’uretère.
Notre philosophie sur l’anesthésie repose sur plusieurs principes. L’anesthésie locale associée à une sédation consciente est utilisée dans la plupart des cas. Le patient est détendu et somnolent, mais pas endormi profondément. Il peut coopérer si besoin, par exemple en retenant sa respiration une seconde. C’est plus sûr, la récupération est plus rapide, et cela évite les risques liés à l’anesthésie générale.
L’anesthésie générale est réservée aux cas complexes, pour les interventions longues ou chez des patients anxieux ou douloureux. Nous travaillons en binôme avec un anesthésiste dédié.
Enfin, nous appliquons une gestion multimodale de la douleur post-procédure, avec des antalgiques adaptés à chaque patient, un suivi personnalisé, et une évaluation systématique de la douleur par des échelles validées.
Formation et transmission des compétences
La radiologie interventionnelle est une spécialité très technique et en constante évolution. Comment le Groupe Oncorad participe-t-il à la formation continue des jeunes radiologues pour maîtriser l’ensemble de ces actes complexes ?
La radiologie interventionnelle est une discipline qui demande des années de pratique. On ne s’improvise pas radiologue interventionnel du jour au lendemain. La transmission est donc une responsabilité qu’Oncorad Group et moi-même prenons très au sérieux.
Le compagnonnage direct est essentiel. Les jeunes médecins en formation travaillent à mes côtés en salle d’intervention. Ils commencent par observer, puis assistent, puis réalisent les gestes sous supervision directe.
La simulation et les simulateurs représentent une révolution pédagogique. Comme en aviation, on peut s’entraîner sur des simulateurs avant de toucher à un patient réel.
Le Groupe Oncorad encourage et finance également la participation des médecins aux congrès et formations internationales en Europe et aux États-Unis pour rester à la pointe des nouvelles techniques.
Notre objectif est de faire du Maroc un centre d’excellence régional. Nous voulons que des radiologues d’autres pays viennent se former au Maroc, et non l’inverse.
Avenir de la radiologie interventionnelle au Maroc
En tant qu’expert pionnier dans votre domaine au Maroc, quelles sont, selon vous, les prochaines grandes étapes ou les futurs équipements indispensables pour continuer à développer la radiologie interventionnelle de pointe en Afrique du Nord ?
La radiologie interventionnelle au Maroc a fait des progrès considérables en une décennie. Mais nous ne sommes qu’au début. Voici ce que je considère comme les priorités absolues pour les années à venir.
Le déploiement de la radiologie interventionnelle en dehors des grandes villes est crucial. Aujourd’hui, ces techniques sont concentrées à Casablanca, Rabat, et quelques grandes villes. Des patients de Fès, d’Agadir, ou des régions rurales n’y ont pas accès. L’enjeu est de régionaliser et démocratiser ces soins. C’est ce qu’Oncorad Group est en train de réaliser avec ses ouvertures.
L’acquisition de systèmes robotisés et assistés par IA est également une priorité. Des robots de radiologie interventionnelle existent déjà. Ils permettent de réaliser des gestes avec une précision absolue, même dans des endroits difficiles d’accès. L’intelligence artificielle aide à planifier les interventions et à réduire les doses de rayons X.
Le développement de la téléradiologie interventionnelle est une autre étape importante. À terme, un radiologue expert pourrait guider une intervention à distance, depuis Casablanca, pour un patient situé dans une ville sans spécialiste sur place. C’est une réalité technique déjà possible.
La création d’un registre national des actes permettrait d’avoir des données fiables sur les résultats, les complications et les tendances au Maroc. Sans données, on ne peut pas mesurer ni améliorer. C’est un prérequis pour une médecine moderne.
Enfin, la reconnaissance officielle de la spécialité est indispensable. La radiologie interventionnelle doit être reconnue comme une spécialité à part entière au Maroc, avec un cursus de formation dédié, comme c’est le cas en Europe et aux États-Unis. C’est le socle sur lequel tout le reste se construit.
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