Pendant des années, le sujet des cryptomonnaies au Maroc ressemblait à une contradiction silencieuse : officiellement interdites, mais utilisées par des millions de personnes. Aujourd’hui, cette zone grise commence à se refermer.
Selon plusieurs médias marocains, un particulier a récemment reçu une mise en demeure émise par l’Office des changes. Le document, daté du 28 avril 2026, lui reproche la détention d’avoirs numériques non déclarés à l’étranger ainsi que des opérations réalisées avec des résidents marocains. L’intéressé dispose d’un délai de 30 jours pour fournir des justificatifs.
Cette affaire marque un changement de ton dans la gestion du dossier crypto au Maroc. Jusqu’ici, les autorités se limitaient essentiellement à des mises en garde générales contre les monnaies virtuelles. Désormais, les contrôles semblent entrer dans une phase plus concrète.
Pour rappel, les transactions en cryptomonnaies restent non autorisées au Maroc depuis les avertissements publiés conjointement par Bank Al-Maghrib, l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux et l’Office des changes. Les autorités considèrent ces actifs comme des instruments à haut risque, en raison de leur volatilité et de l’absence de cadre de protection pour les utilisateurs.
Mais malgré cette interdiction, l’adoption a explosé. Le Maroc compterait désormais près de 6 millions de détenteurs de cryptoactifs, soit environ 16% de la population. En quelques années, le pays s’est imposé comme l’un des marchés les plus actifs de la région en matière de crypto.
Cette progression massive pousse désormais les autorités à renforcer leur surveillance. Les plateformes internationales d’échange sont soumises à des règles strictes de lutte contre le blanchiment d’argent et coopèrent avec plusieurs juridictions. Les virements bancaires suspects liés à des plateformes crypto peuvent également être signalés aux autorités compétentes.
Sur le plan juridique, la situation reste toutefois nuancée. La détention simple de cryptomonnaies n’est pas explicitement criminalisée. En revanche, les opérations répétées d’achat et de revente, ainsi que les transferts de fonds non déclarés à l’étranger, peuvent tomber sous le coup de la réglementation des changes.
Un arrêt de la Cour de cassation rendu en 2021 avait déjà confirmé que l’acquisition de Bitcoin sans autorisation préalable de l’Office des changes constituait une infraction à la législation marocaine.
En parallèle, Bank Al-Maghrib continue de travailler sur un futur cadre légal inspiré des standards internationaux, notamment européens. Le projet prévoit un encadrement des plateformes, des obligations de conformité et une supervision renforcée du secteur.
Mais en attendant cette régulation, le message envoyé par les autorités devient de plus en plus clair : la période de tolérance implicite semble toucher à sa fin.
Rejoignez-nous sur WhatsApp
Rejoignez-nous sur telegram
Suivez-nous sur Google News




