Accueil Robert Tashima, Directeur Editorial Afrique à Oxford Business Group

    Robert Tashima, Directeur Editorial Afrique à Oxford Business Group

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    Infomediaire : Comment définiriez-vous les opportunités d’investissements offertes par le Maroc aux entreprises américaines ? quel avenir pour les relations bilatérales Maroco-américaines, notamment sur le plan économique ? 
     
    Infomediaire : Quels sont les atouts économiques et géopolitiques qui font du Maroc un terrain fertile pour les investisseurs internationaux ?
     
    Robert Tashima : L’un des points les plus souvent soulevé lors des débats sur les relations maroco-américaines est qu’elles datent de plus de 200 ans. En effet, le Maroc fut parmi les premiers pays à reconnaitre les Etats Unis d’Amérique après son indépendance. Désormais, cette relation entre les USA et le Maroc va bien au delà d’une simple amitié. Les deux pays bénéficient d’un régime commercial libre et ouvert, mais collaborent également dans de nombreux domaines comme l’agriculture et l’éducation. Ceci se traduit par d’importantes opportunités pour les entrepreneurs américains.  
     
    Cela étant dit, le volume des échanges et des investissements entre les deux pays reste en-deçà de leurs potentiels, ce qui demeure surprenant compte tenu des possibilités qu’offre le Royaume. Bien sur, le Maroc est confronté à un certain nombre de défis ; les échanges bilatéraux entre les PME restent restreints par manque de main d’œuvre qualifiée. Ils font également face à la barrière de la langue et au peu de sensibilisation. Cependant, la modernisation des infrastructures, un solide système de formation professionnelle,  le soutien actif du gouvernement, ainsi que la libéralisation des échanges et des investissements, sont parmi les éléments qui font du Maroc une base attrayante pour les entreprises dans de nombreux secteurs comme l’immobilier, la finance et l’industrie. 
     
    Mais cet attrait revient également à la performance du marché interne.  En effet, plus de 11 milliards d’euros ont été réservés sur le budget de l’Etat pour les investissements en capitaux. On s’attend également à ce que la croissance du PIB atteigne les 4% l’année prochaine, ce alors que la consommation des ménages continue de croitre. 
     
    Les efforts du pays pour se positionner en tant que porte d’accès à d’autres marchés à forte croissance profitent aussi à la réputation du Maroc. Les investisseurs à la recherche d’opportunités transfrontalières en Afrique sont servis par un nouveau centre financier alors que les zones industrielles se présentent comme une base clé à l’expansion régionale. 
     
    Par conséquent, que nous parlions d’un fournisseur de composants de taille moyenne de Detroit qui cherche à accéder au marché européen, ou d’une entreprise de biotechnologie à Boston qui cherche à développer son réseau de distribution à travers le Maghreb, ou encore un fonds de capital-risque de San Francisco qui cherche à explorer des opportunités technologiques en Afrique de l’Ouest, le Maroc est naturellement bien situé et accessible pour servir ces investisseurs.  
     
    Infomediaire : Depuis quelques années, le Maroc n’a cessé de développer une stratégie de coopération Sud-Sud, à destination des économies subsahariennes, pouvez-vous rebondir sur les retombés de cette démarche ?  
     
    Robert Tashima : Lorsqu’il s’agit de commerce et d’investissement, le Maroc s’est longtemps tourné vers l’Europe pour des raisons historiques et géographiques. Toutefois, les économies européennes se sont repliées ces dernières années. L’Etat, les banques et les compagnies d’assurance du Royaume se sont orientés vers l’Afrique subsaharienne à la recherche de nouvelles opportunités. 
     
    Cette réorientation n’est pas sans raison valable. Nombreuses sont les instituions financières marocaines qui ont pu établir un bilan solide suite à une décennie ayant connue une croissance moyenne de 5%. Elles sont à la recherche d’autres pays pour dépenser leur argent et diversifier leur clientèles; comme l’ont fait différentes banques sud africaines, notamment Standard Bank et NedBank, à travers le continent.
     
    Avec une croissance à deux chiffres des profits, les géants marocains comme Attijariwafa et Banque Marocaine du Commerce Extérieur (BMCE) ont adopté une stratégie d’expansion agressive pour étendre leur présence à l’ouest et au centre de l’Afrique.
     
    Cela va sans dire, avec des pays comme le Ghana et la Côte d’Ivoire qui connaissent des taux de croissance de plus de 8%, les opportunités de fusions-acquisitions se sont avérées très attrayantes. Des réformes ont permis de réduire les coûts dans ces pays et ont aussi réduit les délais d’octroi d’autorisations. Pendant ce temps, les pouvoirs d’achats augmentent et l’inclusion financière s’élargit.
     
    Le ralentissement dans la zone euro est l’une des raisons directe ayant entrainé l’expansion des firmes marocaines en Afrique subsaharienne. Les banques marocaines se sont rapidement mobilisées au moment où les banques européennes ont commencé à se délester d’actifs non essentiels en Afrique juste après l’éclatement de la crise financière internationale en 2008. 
     
    Il faut aussi reconnaître qu’une importante partie du mérite ayant permis de stimuler les activités des firmes marocaines en Afrique subsaharienne revient au gouvernement chérifien. Avant les accords Managem et TMSA, par exemple, Rabat a respectivement conclu des accords de coopération bilatérale avec Libreville et Malabo. Durant les cinq dernières années, le gouvernement a initié des négociations sur les accords de libre échange avec des pays africains notamment la Mauritanie et le Gabon. Plus récemment, l’Etat a conclu une neuvième série de négociations sur la réciprocité tarifaire et la facilitation des échanges avec la zone de l’UEMOA.
     
    La zone euro compte encore pour environ 60% des échanges marocains et est à la tête de nombreux investissements effectués au sein du Royaume, il est donc peu probable que les nouveaux liens établis avec l’Afrique subsaharienne puissent supplanter dans un avenir proche ceux établis avec l’Europe. Toutefois, compte tenu de la forte croissance du PIB à l’ouest et au centre de l’Afrique, ainsi que les avantages qu’offre son emplacement géographique et ses liens historiques, le Royaume est bien placé pour tirer profit de l’amélioration de la performance économique de ses voisins du sud. 
     
    Infomediaire : Un dossier, et pas des moindres, sur lequel nous aimerions avoir votre avis est celui des négociations  du Maroc dans le cadre de l’accord avec l’UEMOA, qu’est ce qui pourrait accélérer le processus  et faire aboutir ainsi ces négociations ?                
     
    Robert Tashima : L’accord entre le Maroc et l’UEMOA, comme vous l’indiquez, a été un processus long et sinueux, avec les premières démarches il y a environ six ans, suite à la signature officielle du projet en 2008. Cela n’est pas surprenant. Les difficultés techniques et règlementaires pour finaliser un accord de commerce et d’investissement sont immenses, surtout pour une zone aussi variée que l’UEMOA, qui comprend des marchés de tailles et de structures différentes. 
     
    La longueur de ces négociations résulte aussi des concessions requises. Celles-ci peuvent s’avérer épineuses, surtout si l’on tient compte des possibles retombées négatives qu’elles pourraient avoir sur la compétitivité de certains secteurs des pays signataires. Même dans la zone UEMOA où l’accès est ouvert, le commerce intra-régional compte encore pour un peu plus d’un dixième du volume total des échanges, et les barrières non-tarifaires restent significatives. 
     
    La possibilité de mettre en concurrence des industriels et producteurs agricoles de la zone UEMOA avec les importations marocaines représente également une préoccupation.  Même si le Maroc entretient des accords bilatéraux avec la majorité des membres de l’UEMOA pour traiter des questions tarifaires et fiscales, par exemple, les accords régionaux impliquent une plus grande complexité. 
     
    Cet accord sera sans nul doute d’un apport très bénéfique à tous ses membres. Il permettrait non seulement de mettre en avant de nouvelles opportunités pour les exportateurs marocains afin d’accéder à des marchés à forte croissance, mais permettrait également de renforcer le potentiel des investissements sur le plan des PME en réduisant les barrières qui s’opposent aux transactions transfrontalières. 
     
    Bien sur, même une fois l’accord signé, les firmes marocaines vont devoir faire face à certains défis pour pouvoir pleinement en profiter. Les réseaux de distribution et la logistique demeurent un challenge et les frais de transport restent élevés. Mais le potentiel à long terme pour un accord gagnant-gagnant entre le Maroc et l’UEMOA est évident. 
     
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