Pendant longtemps, le Maroc s’est vu coller une étiquette un peu réductrice : celle d’un pays d’assemblage. Une plateforme industrielle compétitive, certes, mais surtout choisie pour ses coûts, sa proximité avec l’Europe et sa stabilité.
Cette image est en train de prendre un sérieux coup de vieux.
En quelques jours à peine, les annonces se sont enchaînées. Un géant américain des technologies aéronautiques, Curtiss-Wright, choisit le Royaume pour développer des capacités de traitement de surface destinées à l’industrie aéronautique. Dans le même temps, l’Europe accélère sa réindustrialisation électrique pour réduire sa dépendance à la Chine. Les investissements dans les infrastructures se poursuivent, de l’énergie au dessalement, pendant que l’écosystème industriel continue de s’étoffer.
Pris séparément, ces sujets ressemblent à de simples dépêches économiques. Mis bout à bout, ils racontent pourtant une tout autre histoire.
Le Maroc est peut-être en train de changer de catégorie.
Attention, il ne s’agit pas de dire que nous sommes devenus la nouvelle Silicon Valley. Restons raisonnables, nous avons déjà assez de débats pour savoir si un café à 25 dirhams est une expérience gastronomique ou une prise d’otage.
En revanche, il se passe quelque chose de plus discret, mais sans doute plus important.
Les grandes entreprises ne choisissent plus uniquement un pays parce qu’il est moins cher. Elles cherchent désormais des écosystèmes capables de sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement, de former des compétences, de garantir une stabilité politique et d’offrir une vision industrielle à long terme.
Autrement dit, elles n’installent plus seulement des usines. Elles déplacent des morceaux entiers de leur stratégie.
Et c’est là que le Maroc commence à apparaître sur le radar.
L’aéronautique en est un excellent exemple. En une vingtaine d’années, le Royaume est passé du statut de nouvel entrant à celui d’acteur reconnu d’une industrie parmi les plus exigeantes au monde. Ce qui paraissait ambitieux au début des années 2000 est devenu une réalité industrielle, avec des centaines d’entreprises intégrées dans les chaînes de production mondiales.
Le même mouvement est en train de s’observer dans l’automobile, les batteries, les énergies renouvelables ou encore les infrastructures hydrauliques.
Le contexte international joue aussi en faveur du Royaume.
Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, les surtaxes européennes sur les véhicules électriques chinois, les difficultés logistiques de ces dernières années et la volonté des industriels de rapprocher leurs sites de production de leurs marchés redessinent la carte mondiale de l’industrie.
Il y a quelques années, une entreprise se demandait : « Où produire au moindre coût ? »
Aujourd’hui, la question est devenue : « Où produire sans prendre trop de risques ? »
La nuance est immense.
Évidemment, tout n’est pas gagné. Monter dans la chaîne de valeur suppose de relever plusieurs défis : accélérer la formation des talents, renforcer la recherche et développement, produire davantage d’innovation locale et faire émerger plus de champions technologiques marocains.
Car attirer des investissements est une excellente nouvelle.
Créer nos propres technologies serait une véritable révolution.
Le plus intéressant est peut-être ailleurs.
Nous parlons souvent du Maroc comme d’un pays émergent. Mais à force de regarder ce qui nous manque, nous oublions parfois de mesurer le chemin parcouru. Les annonces de ces derniers jours ne sont probablement pas des coïncidences. Elles dessinent une trajectoire.
Une trajectoire où le Royaume ne cherche plus seulement à fabriquer pour les autres.
Il ambitionne progressivement de devenir un maillon stratégique de l’économie mondiale.
Et ça, ce n’est plus un simple changement de catégorie.
C’est un changement de logiciel.
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