Le Maroc est l’un des principaux pays émergents africains qui connaissent une dynamique économique rapide à même de les hisser au statut de “pays émergés”, a indiqué Moubarack Lo, Senior Fellow au Policy Center for The New South (PCNS) et président de l’Institut Émergence.

Dans un podcast du PCNS placé sous le thème “L’émergence économique des pays africains à l’épreuve de la Covid”, Lo a présenté la situation en Afrique et expliqué l’impact de la crise sanitaire sur l’ambition d’émergence des pays africains qui, avant l’avènement de la pandémie du Coronavirus (Covid-19), avaient déjà connu un ralentissement de la croissance en 2019 malgré une réduction globale de la pauvreté sur le continent.

 

Si l’Afrique a été épargnée par les conséquences lourdes de la pandémie sur le plan humain, celles sur le tissu socioéconomique ont, quant à elles, été très fortes, a indiqué l’expert, rappelant qu’avant la crise sanitaire, le continent avait “le vent en poupe” et les experts prédisaient même que le 21-ème siècle serait celui de l’Afrique comme ce fût le cas au 20-ème siècle pour l’Asie, une perspective confortée par l’Agenda 2063 de l’Union africaine (UA). A ce titre, l’expert a mis en relief les risques d’anéantissement de plusieurs années de progrès en matière de développement en Afrique, expliquant que les prévisions conçues avant la crise sanitaire auguraient, sur une perspective de 10 ans (2018-2028), l’émergence d’une dizaine de pays africains, mais la crise sanitaire a ralenti ce processus en maintenant la conjecture pour trois pays, à savoir le Maroc, l’Afrique du Sud et l’Île Maurice, qui ont réussi à soutenir leur dynamique d’émergence.

 

Après avoir relevé les ambitions d’émergence d’un ensemble de pays africains, passant des plans de lutte contre la pauvreté à ceux de soutien à la croissance au début des années 2000 pour aspirer, quelques années plus tard, au statut de “pays émergents” grâce à la convergences des économies africaines avec l’économie mondiale, la diversification des échanges et le recours à la technologie, Lo a évoqué la mise en place d’un “indice synthétique d’émergence économique” qui classe les différents pays auxquels il attribue des scores, lequel comprend un ensemble de dimensions relatives à l’émergence telles que les niveaux de dynamisme économique, d’inclusivité, de transformations structurelles et d’intégration dans l’économie mondiale.

 

Lo a également rappelé que d’après le dernier classement effectué en 2018, sur un échantillon de 100 pays en développement, 45 étaient africains et disposaient de leviers d’émergence compétitifs leur permettant de s’aligner aux leviers des pays émergents, estimant qu’en sus d’une baisse de la croissance africaine constatée en 2019, l’année 2020 risque de connaître une croissance négative.

Néanmoins, l’expert table sur un rebond de croissance en 2021 à hauteur de 3.1% grâce à la mise en œuvre des mesures de riposte, de soutien à la croissance et à l’effet de la reprise de l’économie mondiale.

A cet égard, Lo a souligné que tout l’enjeu actuel réside dans la capacité des pays à pouvoir financer ces plans de relance qui dépassent parfois les prévisions initiales des plans d’émergence, ce qui pose la question de savoir comment ces pays, dans un contexte difficile au niveau mondial et local, pourront mobiliser autant de ressources pour mener à bien le financement des plans de relance.

Le spécialiste a noté, en ce sens, que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) constitue pour le continent une réelle opportunité en terme de relance, mais demeure tributaire de l’industrialisation qui suppose toutefois de lourds investissements en terme de ressources humaines et de technologies, alors que la crise sanitaire a remis en cause les perspectives de croissance économique en Afrique.

 

A cet égard, Lo a insisté sur la nécessité de reconsidérer les perspectives sur le moyen terme, remanier les agendas et se fixer des horizons plus éloignés, dans l’optique de se remettre de nouveau sur les rails de l’émergence.