« Le Maroc est l’un des rares alliés des États-Unis, dont les relations sont si fortes et profondes qu’elles n’oscillent pas entre hausse et baisse d’une administration à l’autre », indique l’analyste américain Calvin Dark dans un entretien à la MAP à Washington.

Avec la proclamation de la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle des États-Unis, cet expert de la politique américaine et fin connaisseur du Maghreb s’attend, au même élan actuel aux relations bilatérales, « sur plusieurs fronts – partenariats économiques et coopération en matière de sécurité, entre autres ». Réagissant à la décision des États Unis de reconnaître la marocanité pleine et entière du Maroc sur son Sahara, il a estimé que cette annonce « réaffirme deux choses que la communauté internationale connaît depuis des décennies: la souveraineté du Maroc sur le Sahara et le fait que la proposition marocaine d’autonomie est la seule base pour une solution juste et durable ».

Tour d’horizon avec l’analyste américain des perspectives des relations entre les États-Unis et le Maroc et des différents dossiers qui attendent le tandem Biden-Harris: de la lutte contre la pandémie à la relance de l’économie en passant par la diplomatie et le réchauffement climatique.

1- Quelle est votre réaction à la décision historique des États-Unis de reconnaître la souveraineté pleine et entière du Maroc au Sahara ?

L’annonce par les États-Unis réaffirme deux choses que la communauté internationale connaît depuis des décennies: la souveraineté du Maroc sur le Sahara et le fait que la proposition marocaine d’autonomie est la seule base pour une solution juste et durable du conflit.

Il s’agit d’une phase marquante pour les milliers de Sahraouis qui vivent dans les provinces du sud du Maroc, car cette annonce ouvre la voie à plus de stabilité, de sécurité, d’investissements, d’échanges et de développement économique qui leur profiteront directement (…) c’est aussi un signal fort d’espoir aux réfugiés sahraouis détenus dans les camps du polisario que leur cauchemar va bientôt prendre fin. L’Algérie et le polisario doivent retrouver le Maroc autour de la table des négociations et résoudre ce conflit sur la base de la proposition marocaine de compromis.

2- L’étroite relation entre le Maroc et les États-Unis s’étend à tous les niveaux. Comment voyez-vous ses perspectives ?

Le Maroc est l’un des rares alliés américains dont les relations sont si fortes et si profondes qu’elles n’oscillent pas entre hausse et baisse d’une administration à l’autre. Cependant, cela ne signifie pas que les deux pays peuvent simplement croiser les bras et se contenter de ce qui a été réalisé. L’administration Biden doit s’engager avec le Maroc sur plusieurs fronts – partenariats économiques et coopération en matière de sécurité, entre autres. Le Maroc a également du travail à faire. Le Maroc doit rappeler à l’administration Biden le leadership du Royaume dans la région de l’Afrique subsaharienne, à travers le Moyen-Orient et aux Nations Unies – et pourquoi les États-Unis ont besoin du Maroc comme partenaire pour résoudre les conflits et les défis qui menacent l’avenir des deux pays.

3- Rabat et Washington ont récemment renouvelé leur alliance comme pierre angulaire de la paix en Afrique. Compte tenu du rôle actif du Maroc dans l’intégration économique inter-africaine, sa diplomatie vitale pour une solution pacifique en Libye et récemment ses mesures décisives pour sécuriser la libre circulation des personnes et des échanges vers l’Afrique de l’Ouest, vous attendez-vous plus à d’engagement des États-Unis, sous la nouvelle administration, avec les pays africains comme le Maroc, pour relever les défis communs urgents?

Sans aucun doute, il existe un potentiel pour un engagement plus important des États-Unis avec le Maroc sous l’administration Biden parce que l’équipe de politique étrangère du président élu comprend et apprécie les défis, les menaces et les opportunités à travers le continent africain (…) Pour transformer ce potentiel en action, le président élu Biden et Sa Majesté le Roi Mohammed VI auront l’occasion de se concerter davantage, diriger, écouter et travailler ensemble plus que jamais.

4- Quelles seraient, selon vous, les principales priorités du prochain locataire de la Maison Blanche?

La première priorité du président élu Biden doit être de déployer une stratégie claire et un leadership avéré pour lutter contre la pandémie de COVID-19. Il n’a pas le choix car le COVID-19 a un impact sur tous les aspects de la vie des Américains. Biden doit ensuite reconstruire notre économie, lutter contre l’injustice raciale et restaurer les relations avec nos alliés, entre autres défis.

5– Au vu de la composition de l’équipe de politique étrangère, comment voyez-vous l’avenir de la diplomatie américaine?

Les titulaires des postes de politique étrangère choisis par le président élu Biden comptent tous des décennies d’expérience en politique étrangère et seront prêts à diriger dès le premier jour.

Je suis vraiment ravi que Linda Thomas-Greenfield ait été nommée ambassadrice des États-Unis auprès des Nations Unies parce que ses quatre décennies environ en politique étrangère, et son expertise en Afrique en particulier, sont exactement ce dont nous avons besoin à l’ONU en ce moment.