Le Maroc a changé de statut. Le Mexique vient de nous le rappeler

Il y a des victoires qui offrent un billet pour le tour suivant. Et puis il y a celles qui racontent quelque chose de beaucoup plus profond.

Cette semaine, en éliminant les Pays-Bas au terme d’une rencontre haletante, les Lions de l’Atlas ont validé leur qualification pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026. Une performance sportive de très haut niveau. Mais ce qui s’est passé dans les tribunes de Monterrey mérite presque autant d’attention que ce qui s’est déroulé sur la pelouse.

Le stade était mexicain. Le soutien aussi. Pourtant, c’est bien le Maroc qui a été porté par une bonne partie du public.

Certains y ont vu la conséquence de cette séquence où Achraf Hakimi, en conférence de presse, a choisi de répondre en espagnol à un journaliste mexicain. Le geste a été apprécié, bien sûr. Mais croire que cette sympathie est née en quelques phrases relèverait du conte de fées. L’histoire est bien plus ancienne.

Retour en 2014. En huitième de finale de la Coupe du monde au Brésil, le Mexique mène face aux Pays-Bas avant qu’un penalty accordé dans les dernières minutes après une chute d’Arjen Robben ne fasse basculer la rencontre. Pour des millions de Mexicains, cette décision arbitrale reste une injustice. Un slogan naît alors : « No Era Penal », « Ce n’était pas penalty ». Douze ans plus tard, ces trois mots continuent de résonner dans les stades mexicains.

Cette fois, ils n’étaient pas dirigés contre les Pays-Bas. Ils étaient devenus un cri de ralliement pour le Maroc.

Comme quoi, le football possède parfois une mémoire plus longue que certains manuels d’histoire. Et certainement plus fidèle que quelques promesses électorales.

Mais réduire cet engouement à un vieux contentieux entre Mexicains et Néerlandais serait tout aussi réducteur.

Si le Maroc attire aujourd’hui autant de sympathie, c’est aussi parce qu’il séduit par son football.

Longtemps, les sélections africaines ont été enfermées dans des clichés tenaces : généreuses physiquement, spectaculaires parfois, mais supposément limitées dans la maîtrise collective. Les Lions de l’Atlas sont en train de pulvériser ces caricatures.

Face à l’Écosse, ils ont réussi 601 passes, un record pour une sélection africaine en Coupe du monde. Quelques jours plus tard, contre les Pays-Bas, ils ont encore franchi un cap avec plus de 800 passes réussies, une performance rarissime à ce niveau de la compétition. Ces chiffres ne sont pas le fruit du hasard. Ils racontent une équipe capable de contrôler le tempo, de conserver le ballon, d’imposer son rythme et de faire courir l’adversaire plutôt que l’inverse.

Autrement dit, le Maroc ne gagne plus seulement grâce à son cœur. Il gagne aussi avec sa tête… et avec ses pieds.

Sur le papier, cette sélection n’a plus grand-chose à envier aux meilleures nations. Achraf Hakimi, Yassine Bounou, Brahim Diaz, Sofyan Amrabat, Azzedine Ounahi, Bilal El Khannouss, Youssef En-Nesyri… La liste ressemble désormais davantage à un casting de Ligue des champions qu’à celui d’un outsider sympathique.

Et c’est peut-être cela qui dérange encore certains observateurs.

Parce qu’il est toujours plus confortable de parler d’un « exploit » lorsqu’une équipe africaine s’impose. Un exploit, c’est exceptionnel. Or, le Maroc est en train de rendre l’exception ordinaire.

Depuis plusieurs années, les résultats s’enchaînent. Demi-finaliste mondial en 2022. Des performances régulières face aux meilleures sélections. Une formation qui produit des talents. Des infrastructures qui montent en puissance. Une organisation reconnue. Une candidature devenue réalité avec la CAN 2025 puis le Mondial 2030.

À force d’accumuler les preuves, il devient difficile de parler de hasard.

Le respect international ne s’obtient pas avec une campagne de communication. Il se construit match après match, génération après génération.

Cette semaine, les chants venus des tribunes mexicaines avaient évidemment un parfum de revanche. Mais ils racontaient surtout autre chose : la naissance d’un respect qui dépasse les frontières, les langues et les continents.

Le Maroc n’est plus seulement une équipe que l’on admire lorsqu’elle crée la surprise.

Il est devenu une équipe que beaucoup choisissent désormais de soutenir.

Mehdi Msaddeq

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