Par Anass Benaddi
Soyons lucides. Cette Coupe d’Afrique des nations n’est pas une simple affaire de ballon rond. Elle a agi comme un révélateur. Révélateur des rapports de force, des postures, des trajectoires réelles des nations africaines face au temps, au travail et à la réussite.
Lors de la finale disputée à Rabat, le Sénégal a quitté le terrain pour protester contre une décision arbitrale. Un geste spectaculaire, immédiatement interprété bien au-delà du cadre sportif. Mais s’arrêter à cet épisode serait une erreur. Cette réaction typique des petites équipes de quartier n’est pas un acte isolé : c’est l’aboutissement d’un climat soigneusement installé depuis le début de la compétition.
Depuis les semaines qui ont précédé le début de la CAN, le Maroc a été la cible de critiques répétées sur l’organisation, l’arbitrage, et même sa légitimité à accueillir une Coupe d’Afrique. Des accusations sans preuves, souvent relayées avec empressement, qui, pour tout œil alerte et averti, n’ont fait que traduire le malaise profond que provoque une réussite trop visible, scandaleusement cohérente, outrageusement assumée.
Ce qui dérange au bout du compte, c’est que le Maroc ne s’est pas contenté d’organiser un tournoi. Il a projeté, tel un soufflet au visage de tous ses adversaires tapis dans l’ombre de sa réussite, l’image d’un pays qui planifie, investit et livre. Le sport, ici, n’est plus un spectacle. C’est un levier d’influence, un langage universel, un outil de diplomatie douce. Le Royaume l’a démontré. Et cela agace.
Cette réussite a cristallisé des crispations, nourries par une campagne hostile menée par certains et relayée par des soutiens de circonstance qui en s’inscrivant dans cette dynamique, se sont éloignés de la posture de responsabilité et de mesure qui faisait jusqu’ici leur crédibilité continentale. La fraternité, manifestement, n’a jamais été une fin en soi.
Faut-il ressentir du mépris face à tout cela ? Certainement. Tout en se contentant de le distribuer avec parcimonie à cause du grand nombre de nécessiteux. Et cette compétition démontre qu’ils sont plus nombreux qu’on ne le supposait.
D’ailleurs le paradoxe est saisissant. Saisissant mais en aucun cas surprenant, car pendant que certains protestent, le Maroc sort de cette coupe d’Afrique renforcé. Sportivement, symboliquement, diplomatiquement. Il s’impose comme un acteur stable, fiable, capable d’accueillir, de rassembler et de projeter l’Afrique vers l’avenir. C’est bien là le fruit d’une diplomatie constante, patiente et silencieuse. Une diplomatie confortée dans son action par une vision politique lucide, pragmatique et courageuse qui préfère convaincre par l’exemple plutôt que par la polémique. Mais comment peut-on demander à un tel ou à un autre de s’inspirer du courage alors qu’ils sont incapables de le concevoir tant ils s’enlisent volontairement dans la boue paralysante du déni, du mensonge érigé en récit dominant qu’on avale à l’excès jusqu’à l’hyperphagie ?
Tout ceci dépasse largement le football et renvoie à des choix de fond. Faut-il rappeler que ces vingt dernières années, le Maroc a engagé une transformation profonde et méthodique : infrastructures structurantes, ports de classe mondiale, réseau autoroutier dense, train à grande vitesse, transition énergétique ambitieuse, industrialisation ciblée, souveraineté sanitaire, investissement dans l’éducation et le capital humain… La liste est plus longue, mais passer en revue ici tout ce que le Maroc a accompli en un quart de siècle serait une insulte à l’intelligence et à la bonne foi. Car tout ici n’est que question d’intelligence et de bonne foi !
À côté, d’autres restent prisonniers du passé ou de l’immobilisme. Malgré des ressources colossales, ils peinent à concevoir un modèle de développement authentique et s’enlisent dans la diabolisation permanente d’un pays qui a su trouver le sien.
C’est précisément cela qui dérange. Un Vieil État-nation qui ne se précipite pas. Qui inscrit son action dans le temps long. Qui observe, encaisse parfois, mais n’oublie jamais. Et qui, lorsqu’il agit, le fait avec précision.
Peut-être faut-il désormais l’admettre : la parenthèse naïve d’une « fraternité » automatique est refermée. Peut-être est-il temps pour le Maroc de cultiver pleinement son exception, dans la cour des Grands, là où les nations se jugent, se jaugent et se respectent par la force tranquille de leurs réalisations, et par une connaissance lucide de l’Histoire — la leur et celle des autres.
Seul le temps peut y répondre. En attendant le pays avance…et toujours dans la bonne direction, en faisant en chaque circonstance, face à chaque défi, à chaque obstacle, le choix qui s’impose.
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