Quand la longévité se fracture en Europe, les écarts se creusent région par région

Une Europe “à 2 vitesses” serait en train de s’installer sur un terrain qu’on croyait plutôt convergent: l’espérance de vie. C’est le constat d’une vaste étude démographique portant sur 450 régions d’Europe occidentale, menée conjointement par l’Institut national d’études démographiques et le Centre national de la recherche scientifique en France, avec l’Institut fédéral allemand de recherche démographique.

Les chercheurs expliquent qu’après une phase encourageante dans les années 1990 et au début des années 2000, où les différences régionales avaient tendance à se réduire, la dynamique s’inverse autour de 2005. Depuis, la carte européenne de la longévité se recompose: certaines régions continuent d’avancer, tandis que d’autres stagnent ou reculent. Parmi les zones citées comme “en retard” pour les hommes, figurent notamment l’est de l’Allemagne, la Wallonie, certaines parties du Royaume-Uni ou encore les Hauts-de-France, où les gains d’espérance de vie ont aujourd’hui quasiment disparu.

Dans le détail, l’étude indique que dans les régions où l’espérance de vie est la plus élevée, celle-ci poursuit sa progression d’environ 2,5 mois par an pour les hommes, et 1,5 mois par an pour les femmes. Mais depuis le milieu des années 2000, la divergence s’accentue, notamment en lien avec une mortalité plus élevée entre 55 et 74 ans dans certains territoires.

Autre enseignement: malgré les débats scientifiques sur une éventuelle limite biologique de la longévité humaine, les régions les mieux placées continuent de progresser au même rythme qu’auparavant. En 2019, ces territoires (dont le nord de l’Italie, la Suisse, certaines provinces espagnoles, et des départements français comme Paris, Hauts-de-Seine ou Yvelines) atteignaient près de 83 ans d’espérance de vie pour les hommes et 87 ans pour les femmes. L’Institut français souligne ainsi qu’un potentiel d’amélioration existe encore, et qu’un “plafond” de longévité ne semble pas avoir été atteint.

L’étude, conduite auprès de près de 400 millions d’habitants entre 1992 et 2019, ne tranche pas sur les causes exactes. Mais plusieurs pistes sont évoquées: comportements à risque (tabagisme, alcool, alimentation, sédentarité) en hausse dans certaines cohortes, et divergence économique régionale observée en Europe depuis le milieu des années 2000. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Communications.

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