Redouane El Haloui, Président de l’APEBI « Le sujet n’est plus la stratégie, c’est l’exécution »

Alors que l’année 2025 a permis de consolider la vision « Maroc Digital 2030 », l’heure est désormais à l’exécution. Dans cet entretien, Redouane El Haloui, président de la Fédération des Technologies de l’Information, des Télécommunications et de l’Offshoring (APEBI), dresse un bilan sans concession et trace les perspectives pour 2026. Entre les signaux positifs du gouvernement et l’urgence d’accélérer face à l’échéance de la Coupe du Monde 2030, il insiste sur la nécessité d’une collaboration public-privé efficace et d’une mise en œuvre disciplinée de la stratégie existante pour transformer les ambitions en impact réel.

Quel bilan tirez-vous de l’année 2025 pour le numérique au Maroc ?

Redouane El Haloui :
« 2025 a été une année importante. Elle a permis de consolider une vision partagée et surtout de fédérer l’ensemble des acteurs autour de la stratégie digitale Maroc 2030, qui a pris du temps à être construite parce qu’elle a été concertée, inclusive et réaliste.
C’est un acquis majeur. Aujourd’hui, le débat n’est plus stratégique, il est opérationnel. La question n’est pas quoi faire, mais comment exécuter efficacement. »

La fin de l’année a été marquée par des annonces importantes. Comment les analysez-vous ?

R. H. :
« Ce sont des signaux positifs. L’annonce de mécanismes de financement pour les startups et la publication de la circulaire offshoring montrent clairement une volonté d’entrer dans une phase d’exécution.
Maintenant, l’enjeu pour 2026 est simple : transformer ces dispositifs en impact réel. Cela passe par la clarté sur l’utilisation des fonds, la lisibilité des mécanismes d’accès et surtout la simplification effective des procédures sur le terrain. »

Le gouvernement souhaite lancer une stratégie dédiée à l’intelligence artificielle. Comment vous positionnez-vous ?

R. H. :
« L’intelligence artificielle est un levier extrêmement important, personne ne le conteste. Mais il faut être très clair : l’IA n’est pas un point de départ, c’est un accélérateur.
Le Maroc dispose déjà d’une stratégie digitale 2030 qui intègre la donnée, la digitalisation, la cybersécurité et l’innovation. Toute initiative IA doit s’inscrire dans ce cadre, comme un chantier d’exécution, pas comme une stratégie autonome.
Les technologies évoluent vite, c’est vrai. Il faudra ajuster, mais à partir du terrain, avec les professionnels qui conçoivent, déploient et opèrent les solutions au quotidien. »

Pourquoi insistez-vous autant sur la concertation avec le secteur privé ?

R. H. :
« Parce que le secteur privé est celui qui recrute, qui investit et qui industrialise.
Il faut rappeler une réalité économique simple : le secteur public ne crée pas d’emplois, il crée les conditions pour que le secteur privé en crée. Si nous voulons de l’impact en termes d’emploi, de productivité et de compétitivité, la collaboration public–privé doit être réelle, structurée et continue. Pas ponctuelle, pas symbolique. »

Qu’en est-il de l’emploi et des compétences, souvent présentés comme un frein ?

R. H. :
« Le problème n’est pas de former plus, mais de former mieux et surtout d’assurer une adéquation permanente entre ce que produisent les dispositifs de formation ET ce que recherchent réellement les entreprises comme nous l’avons remonté à l’OIT dans le cadre du chantier STED AMT et aussi dans la Stratégie Digital Maroc 2030
Seuls les professionnels du terrain savent ce qui est utilisé, ce qui devient obsolète et ce qui émerge.
En parallèle, les professionnels ont aussi besoin de collaborer davantage avec les chercheurs pour renforcer la R&D et l’innovation. C’est cette gouvernance à trois : public, privé, recherche, qui fera la différence. »

Quel rôle jouent les startups et les PME TECH dans cette dynamique ?

R. H. :
« Les startups sont des explorateurs, elles innovent vite. Les PME TECH sont les bâtisseurs du digital, elles industrialisent, sécurisent et déploient à l’échelle.
Si on ne structure pas le continuum entre les deux, l’innovation reste au stade de démonstration et l’impact économique est limité. L’enjeu est donc de créer ce couloir d’accélération, du prototype à l’industrialisation. »

Vous évoquez souvent l’échéance 2030 comme un facteur clé. Pourquoi ?

R. H. :
« 2030 n’est pas une date abstraite. C’est un compte à rebours, notamment avec l’organisation de la Coupe du Monde 2030. Les expériences internationales montrent que ces événements se préparent sur plusieurs années. Le Qatar, par exemple, a engagé sa transformation près de sept ans à l’avance.
Si nous voulons être au rendez-vous en termes de services numériques, d’expérience visiteurs, de sécurité et de fluidité, l’exécution doit s’accélérer dès 2026. »

Quel message souhaitez-vous adresser aux décideurs publics ?

R. H. :
« Le message est simple et constructif : nous avons une stratégie digitale solide, partagée et validée. Elle n’attend pas d’être remplacée, elle attend d’être exécutée, avec discipline, continuité et concertation.
APEBI est pleinement mobilisée pour jouer son rôle de fédérateur, de force de proposition et de partenaire exigeant de l’État, au service d’un numérique créateur de valeur, d’emplois et de souveraineté. »

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