Pour des milliers de parents dont les enfants fréquentent l’école privée ou les établissements de la «Mission» et homologués, le sommeil devient difficile en cette fin de vacances. Il va falloir boucler le financement du premier décaissement de frais de scolarité en plus des fournitures scolaires et de l’inévitable rafraîchissement de la garde-robe des enfants.
Selon notre enquête, la plupart des écoles privées dans les grands centres urbains affichent des hausses bien au-delà de l’inflation alors que l’Indice des prix à la consommation (IPC), mesuré par le HCP, relève une certaine accalmie.
Les augmentations pour l’année 2024-2025 devraient dépasser l’inflation, estimée à fin juillet à 2,1%, selon les données du HCP. L’an dernier, l’Indice du prix à la consommation (IPC) relatif à l’enseignement était de 3,8%, bien loin du ressenti des ménages. Le réseau des écoles françaises répercute au minimum le taux d’inflation, confirme Ahmed Mansouri, past-président de l’Association des parents d’élèves de l’Office scolaire et universitaire international (OSUI).
Le mois de septembre est particulièrement angoissant pour les parents dont les enfants entrent pour la première fois dans ces établissements. Aux droits de première inscription (DPI), un «ticket d’entrée» d’au moins 50.000 dirhams dans les écoles «OSUI», il faut ajouter en moyenne 8.000 dirhams de frais du premier trimestre, le tout payable avant le 30 septembre. Dans les établissements relevant de l’AEFE, la formule des droits de première inscription est plus récente.
Pour l’année 2024/2025, ils sont fixés à 25.000 dirhams. Confrontés à une tension sur leur budget, les parents, issus souvent des classes moyennes, mais pas seulement, se ruent sur le crédit à la consommation. Dans le secteur, des professionnels confirment l’arrivée massive de ces ménages qui croulent sous le poids de dépenses dites «contraintes».
Dans cette rubrique, les frais de scolarité viennent tout en haut à côté des crédits logement et auto, de la facture d’eau et d’électricité, des abonnements Internet et au téléphone ainsi que l’aide familiale. Le mois d’août était déjà rangée dans la haute saison du crédit-conso, la demande additionnelle pour financer les frais scolarité des enfants entretient encore plus la surchauffe observée aux guichets de sociétés de financement. De plus en plus de parents souscrivent quasiment une formule de crédit revolving qu’ils renouvellent tous les ans à chaque rentrée scolaire.
Bien avant les vacances, les parents ont dû composer avec des pratiques pour le moins étranges des écoles privées. Dès le mois d’avril de chaque année, ces établissements exigent des parents le règlement des droits d’inscription, ou plutôt de réinscription, pour les élèves fréquentant déjà l’établissement. Les parents sont sommés de payer le dernier mois de l’année scolaire à venir. Les promoteurs d’écoles justifient ce paiement anticipé par la nécessité de «se protéger contre l’insolvabilité de mauvaise foi».
Au-delà du principe même, tout à fait contestable, de ces droits, ce sont leur montant et le timing de règlement imposé aux parents, assortis d’une menace d’exclusion de leurs enfants, qui posent problème. Dans le secondaire, la plupart des établissements privés de Casablanca pratiquent des droits d’inscription allant de 1.000 à 5.000 dirhams. Dans le primaire et même en classes de maternelles, les parents doivent également s’acquitter de frais d’inscription afin de «garantir une place» à leur enfant à la rentrée scolaire. On est là face à un chantage caractérisé sous le regard passif des pouvoirs publics qui justifient l’injustifiable par le respect du principe de la liberté d’entreprendre et de la loi de l’offre et de la demande devant régir toute économie libérale. Or, contrairement à la légende, ce ne sont plus que les enfants des ménages aisés qui fréquentent l’école privée. Cette dernière attire aujourd’hui toutes les couches sociales, insiste un des plus importants opérateurs dans le secteur.
L’autre point de discorde entre les parents et les promoteurs de l’enseignement privé concerne les frais de l’assurance scolaire. Alors que la prime ne dépasse guère 150 dirhams chez la plupart des compagnies d’assurance, certaines écoles exigent jusqu’à dix fois plus sans pouvoir justifier ni le contenu, ni les garanties couvertes. Par contre, s’il arrive un incident à un enfant en cours d’année à l’école, celle-ci oublie toutes les promesses du contrat d’assurance que certains opérateurs intègrent dans leur argument marketing.
Abashi Shamamba
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