À Sefrou, un savoir-faire discret a su franchir les frontières. L’art des boutons de soie marocains, les « Aakad », doit aujourd’hui son rayonnement à Amina Yabis, artisane de 62 ans qui a transformé cette pratique traditionnelle en véritable levier d’émancipation.
Longtemps associé aux foyers et transmis après les années 1960 aux femmes de la région, cet artisanat lié au caftan marocain repose sur une grande précision. Initiée dès son enfance, Amina découvre très tôt ce métier et en perçoit rapidement le potentiel économique.
Au début des années 2000, elle fonde une coopérative pour structurer l’activité et améliorer les conditions de travail des artisanes. Malgré des débuts marqués par des résistances, elle s’impose progressivement, notamment après l’obtention d’un Wissam Royal en 2001.
Chaque bouton, appelé « Oqba », est réalisé à partir de fil de sabra, à l’aide d’outils traditionnels. Certaines pièces peuvent atteindre 140 boutons, tandis que la technique « Samma », particulièrement exigeante, reste aujourd’hui menacée par des méthodes plus rapides.
Grâce à son engagement, cet artisanat s’ouvre à de nouveaux usages, notamment dans les bijoux et accessoires, et s’exporte à l’international. Invitée dès 2009 au International Folk Art Market de Santa Fe, Amina expose ensuite ses créations aux États-Unis et en Europe.
Aujourd’hui, elle dirige un centre relevant de la Fondation Mohammed V pour la Solidarité, où elle forme près de 200 femmes, contribuant à la transmission de ce savoir-faire et à l’autonomisation économique.
Toujours tournée vers l’avenir, elle développe des boutons plus écologiques, à base de coton et de pigments naturels.
À travers son parcours, Amina Yabis incarne la capacité de l’artisanat marocain à évoluer, innover et créer de la valeur, bien au-delà de ses racines.
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