Pendant 3 jours, Festival du Livre Africain de Marrakech a transformé la ville ocre en véritable laboratoire d’idées, où la littérature ne se contente plus de raconter le monde… elle tente de le réparer.
Placée sous le thème « Imaginer d’autres possibles », cette 4ème édition a rassemblé écrivains, penseurs et passionnés venus du continent africain et de ses diasporas. Une question flottait dans l’air, presque électrique : à quoi servent encore les mots quand le réel vacille ?
Dans un contexte mondial marqué par des conflits et des drames humains qui s’invitent brutalement dans le quotidien, l’écriture apparaît comme un acte de résistance. Les mots deviennent alors plus que des outils narratifs : ils se transforment en refuge, en mémoire vivante et parfois en arme symbolique.
Le festival a ainsi convoqué, à travers les discussions et les hommages, des figures majeures de la littérature engagée comme Aimé Césaire, Frankétienne, Mahmoud Darwich ou encore Richard Wright. Autant de voix qui, chacune à leur manière, ont fait de la littérature un espace de lutte, d’identité et de transmission.
Car au cœur du FLAM, une idée s’impose : écrire depuis l’Afrique, c’est aussi écrire pour se réapproprier son histoire. Entre héritage colonial, mémoire fragmentée et traditions orales menacées d’oubli, les auteurs revendiquent la nécessité de raconter leurs propres récits, avec leurs mots, leurs langues et leurs imaginaires.
La question de la langue a d’ailleurs traversé de nombreux débats. Si le français ou l’anglais restent dominants, beaucoup d’écrivains choisissent aujourd’hui de les détourner, de les métisser, d’y injecter du créole, de la darija ou du yoruba. Une manière de désobéir aux normes linguistiques pour mieux affirmer une identité plurielle.
Autre enjeu central : celui de la mémoire. Comment transmettre des histoires quand celles-ci ont été volontairement tues ou effacées ? Les nouvelles générations d’auteurs s’engagent alors dans un travail quasi archéologique, fouillant les silences familiaux et collectifs pour reconstruire des récits souvent invisibilisés.
Mais écrire ne suffit pas. Encore faut-il être lu. Les discussions autour de l’édition en Afrique ont mis en lumière des défis persistants : distribution, accessibilité, prix du livre. Pourtant, l’engouement du public et le succès de la librairie éphémère du festival laissent entrevoir un signal encourageant : le désir de lecture est bien vivant.
Entre panels, échanges et performances artistiques, la poésie a également trouvé sa place, notamment lors de soirées où textes et musique se sont entremêlés dans une atmosphère presque hypnotique.
Au fond, le FLAM ne pose pas seulement la question de l’écriture. Il interroge notre rapport au monde.
Pourquoi écrit-on ? Pourquoi lit-on ?
Peut-être pour comprendre, ressentir, transmettre… ou simplement pour ne pas laisser le silence gagner.
Cette édition aura aussi été marquée par la présence de J. M. G. Le Clézio, président d’honneur, qui résume à lui seul la philosophie du festival : « J’écris pour voyager, je ne voyage pas pour écrire. »
Côté révélations, le jeune Steve Aganze s’impose comme une voix à suivre. Son roman Bahari-Bora, récompensé par le Prix de la Vocation 2025, explore avec intensité les blessures d’un pays marqué par la guerre, à travers un regard profondément humain.
Au sortir du FLAM, une certitude demeure :
lire devient un acte presque militant, et écrire, une manière de rester debout.
Rejoignez-nous sur WhatsApp
Rejoignez-nous sur telegram
Suivez-nous sur Google News







