Le Maroc change de braquet sur un sujet longtemps resté en arrière-plan : la sécurité de ses approvisionnements énergétiques. Face à une dépendance extérieure qui frôle les 94%, le Royaume lance un programme structurant visant à renforcer ses capacités de stockage d’hydrocarbures à l’horizon 2030.
Présenté récemment devant la Chambre des représentants par la ministre de la Transition énergétique, Leila Benali, ce plan repose sur une réalité difficilement contournable : le Maroc reste exposé aux secousses du marché mondial, qu’il s’agisse de conflits géopolitiques ou de tensions logistiques sur les routes maritimes.
Une capacité encore fragile malgré les progrès
À fin 2025, le pays dispose d’une capacité de stockage estimée à 3,2 millions de m³, en progression notable ces dernières années grâce aux investissements privés. Mais cette avancée masque des fragilités structurelles.
Le gasoil et l’essence atteignent des niveaux jugés satisfaisants, mais deux segments restent sous pression : le gaz butane, pilier de la consommation domestique, et le kérosène, essentiel pour le transport aérien. Deux maillons sensibles que le gouvernement place désormais en priorité.
La SAMIR, vestige devenu levier stratégique
Paradoxalement, une infrastructure à l’arrêt depuis plus d’une décennie continue de jouer un rôle clé. La raffinerie de SAMIR, en liquidation depuis 2015, a vu ses capacités de stockage réactivées à partir de 2023.
Ses réservoirs offrent aujourd’hui près de 800.000 m³ supplémentaires, contribuant à amortir les chocs d’approvisionnement. Une solution transitoire, mais précieuse, dans un contexte de tension énergétique mondiale.
Objectif 2030 : +50% de capacité
Le cap est fixé : porter les capacités nationales à environ 4,7 millions de m³ d’ici 2030, soit une hausse proche de 50%. Pour y parvenir, 6 milliards de dirhams seront mobilisés, avec un démarrage accéléré dès 2026.
Trois leviers structurent cette feuille de route :
- Renforcer les capacités critiques, notamment avec +400.000 m³ pour le butane et +100.000 m³ pour le kérosène
- Optimiser les infrastructures existantes, en intégrant durablement les installations de la SAMIR
- Rééquilibrer la répartition territoriale, alors que près de 80% des capacités actuelles sont concentrées entre Casablanca-Settat et le nord du Royaume
Nador West Med, pièce maîtresse du dispositif
Au cœur de cette stratégie, le projet Nador West Med s’impose comme un futur hub énergétique. Sa mise en service progressive, attendue d’ici fin 2026, doit permettre au Maroc de franchir un cap.
L’ambition dépasse la simple sécurisation du marché local. Le Royaume vise à se positionner comme une plateforme énergétique régionale, capable de stocker, redistribuer et même exporter vers l’Europe et l’Afrique.
Une équation entre souveraineté et marché
Derrière ce plan, une évidence : la souveraineté énergétique passe aussi par la logistique. Dans un secteur largement libéralisé, le succès dépendra toutefois de la capacité à mobiliser les opérateurs privés, véritables moteurs de l’investissement.
À l’approche d’échéances majeures comme la Coupe du monde 2026, le Maroc ne peut plus se permettre de naviguer à vue. Il construit désormais son filet de sécurité énergétique, brique après brique.
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