Aïd El Kebir : quand le mouton broute le pouvoir d’achat

L’Aïd El Kebir approche, et avec lui revient une question qui traverse les foyers marocains: combien va encore coûter le mouton cette année ? Spoiler: le mouton n’a pas encore de leasing, mais à ce rythme, certains y pensent très fort.

Sur les marchés, les prix donnent le tournis. À Fès, les tarifs observés vont de 3.000 à 10.000 dirhams, selon la qualité et la corpulence des bêtes. Dans plusieurs souks, les moutons accessibles à moins de 3.000 dirhams se font rares, tandis que certains Sardi dépassent les 8.000 dirhams.

Le problème, c’est que le mouton n’arrive pas seul. Il vient avec le charbon, les épices, les vêtements des enfants, le transport, les visites familiales et parfois même le fameux crédit discret que personne ne veut appeler crédit. Résultat: pour beaucoup de ménages, l’Aïd devient une opération budgétaire digne d’un conseil d’administration.

Pourtant, l’inflation globale reste officiellement contenue: 1,7% en avril 2026, après 0,9% en mars, selon le Haut Commissariat au Plan. Mais dans la vraie vie, celle du panier, du taxi, du plein d’essence et du souk, le ressenti est bien plus lourd. Les prix du transport ont notamment grimpé de 8,4% sur un an, un facteur qui pèse aussi sur l’acheminement du bétail.

Les éleveurs, eux, avancent leurs propres arguments: sécheresse, coût de l’alimentation animale, carburant, transport, baisse de rentabilité. Et ils n’ont pas entièrement tort. Depuis plusieurs années, le cheptel subit les effets combinés du stress hydrique et de la hausse des charges. En 2025 déjà, le contexte était si tendu que le Roi Mohammed VI avait appelé les Marocains à renoncer au sacrifice, dans un contexte marqué par une forte pression sur le cheptel national.

Mais le citoyen, lui, ne calcule pas le prix du fourrage à la tonne. Il regarde son salaire, son loyer, ses factures, puis le mouton. Et souvent, le mouton gagne.

C’est là que se trouve le vrai sujet: l’Aïd El Kebir n’est plus seulement une fête religieuse et familiale, c’est devenu un test grandeur nature du pouvoir d’achat. Une tradition profondément ancrée, mais de plus en plus difficile à préserver sans fragiliser l’équilibre du foyer.

Quand un mouton coûte l’équivalent d’un mois de dépenses essentielles pour une famille modeste, la question n’est plus seulement agricole. Elle devient sociale. Et même un peu philosophique: faut-il sacrifier un mouton, ou sacrifier son budget ?

L’Aïd reste un moment de partage, de solidarité et de mémoire collective. Mais cette année encore, beaucoup de familles risquent de le vivre avec une calculatrice dans une main et un soupir dans l’autre.

Le mouton est toujours au centre de la fête.

Mais désormais, c’est le portefeuille qui bêle le plus fort.

Mehdi Msaddeq

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