Cuba au bord de la panne sèche, un pays entier forcé de ralentir

La Havane tourne au ralenti. Depuis lundi 9 février 2026, Cuba applique une série de mesures d’urgence pour économiser le carburant, dans un contexte de pénurie énergétique que les autorités attribuent au durcissement de la pression américaine.

Dans la capitale, la baisse de la circulation est visible et l’inquiétude, palpable. Rosa Ramos, infirmière de 37 ans, attend depuis 1 heure un moyen de transport pour se rendre au travail. Clara Rumbau, retraitée de 65 ans, dit avoir marché 2 heures faute de bus. Une scène devenue familière sur une île déjà marquée par des coupures de courant quotidiennes, des pénuries et une inflation qui érode le pouvoir d’achat.

L’archipel, peuplé de 9,6 millions d’habitants, s’est fragilisé avec la fin de l’approvisionnement régulier en pétrole en provenance du Venezuela, lui-même sous pression américaine. Ces dernières semaines, aucun pétrolier n’aurait accosté à Cuba, selon des sources spécialisées dans le suivi du transport maritime consultées par l’Agence France-Presse.

Autre coup dur: le Mexique, identifié comme 2e fournisseur de pétrole de Cuba, a suspendu ses livraisons et discute avec Washington des modalités d’un éventuel envoi sans représailles commerciales. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a dénoncé une menace “très injuste”, tandis que Mexico a annoncé l’envoi de 814 tonnes de vivres destinés à la population cubaine. De son côté, Moscou a fustigé des “méthodes asphyxiantes” et évoqué des discussions avec La Havane pour une assistance.

Les effets se font déjà sentir sur un secteur vital: le tourisme. Les autorités cubaines ont informé les compagnies aériennes que l’avitaillement en kérosène sera suspendu pendant 1 mois à partir de lundi minuit. Certaines compagnies, dont Air France, Iberia et Air Europa, prévoient des escales techniques de ravitaillement ailleurs dans les Caraïbes pour maintenir leurs liaisons. Air Canada, elle, annonce la suspension de ses rotations, avec seulement des “vols sortants à vide” pour rapatrier environ 3.000 clients déjà sur place.

Le gouvernement a aussi annoncé la fermeture d’hôtels peu occupés et le regroupement des touristes dans d’autres établissements, notamment à Varadero, la station balnéaire phare à 150 kilomètres de La Havane.

Côté éducation, la cadence baisse aussi: journées scolaires réduites et universités en distanciel, comme durant la pandémie. Pour de nombreux Cubains, ces mesures réveillent un souvenir lourd: celui de la “période spéciale” des années 1990, quand la chute de l’Union soviétique avait provoqué une crise économique majeure et un choc énergétique brutal.

Dans un message publié sur le réseau social X, le ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodriguez a reconnu que la situation “exigera de grands sacrifices”. Reste une réalité simple, et implacable: quand le carburant manque, tout le pays se met à marcher au même rythme, plus lent, plus fragile.

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