Pendant longtemps, le jeu vidéo a été regardé avec une certaine méfiance. Pour beaucoup, ce n’était qu’un simple loisir. Une console dans une chambre, quelques heures devant un écran, et parfois une mère qui crie depuis le salon : “Éteins-moi ça et va réviser !”
Mais le monde a changé. Et aujourd’hui, le gaming est devenu bien plus qu’un divertissement : c’est une industrie mondiale, un outil d’influence culturelle, un marché colossal qui génère davantage de revenus que le cinéma et la musique réunis.
Derrière chaque manette se cachent désormais des développeurs, des artistes, des scénaristes, des ingénieurs, des spécialistes de l’intelligence artificielle, du marketing, de la cybersécurité ou encore de l’animation 3D. Bref, tout un écosystème. Et non, “être fort à FIFA” ne suffit pas encore à remplir un business plan.
C’est précisément là que le Maroc semble vouloir changer de dimension.
Avec des événements comme le Morocco Gaming Expo, le Royaume affiche clairement ses ambitions : faire émerger un véritable écosystème national du gaming et du e-sport. L’objectif n’est plus simplement d’organiser des salons ou de réunir des passionnés. Le véritable enjeu est ailleurs : créer une industrie capable de produire, d’innover et d’exporter.
Car le Maroc possède plusieurs cartes importantes dans cette nouvelle économie numérique : une jeunesse ultra connectée, une forte culture gaming déjà installée, des talents créatifs, une proximité stratégique avec l’Europe et l’Afrique, et surtout une génération qui maîtrise naturellement les codes du numérique.
Mais il existe une différence fondamentale entre consommer du gaming et construire une industrie gaming.
Aujourd’hui, des millions de jeunes Marocains jouent aux jeux vidéo. Demain, le vrai défi sera de voir émerger des studios marocains capables de créer leurs propres univers, leurs propres licences et, pourquoi pas, leurs propres succès mondiaux. Un jour, peut-être, on ne dira plus seulement “viens on joue”, mais “viens on exporte”.
Car derrière cette bataille économique se cache aussi une bataille culturelle.
Le Japon a exporté son imaginaire à travers Nintendo et Sony. La Corée du Sud a utilisé les jeux vidéo, la musique et les séries pour renforcer son influence mondiale. Même certains pays du Golfe investissent désormais massivement dans le gaming, conscients qu’il s’agit d’un levier stratégique du XXIe siècle.
Le Maroc peut-il, lui aussi, raconter ses histoires au monde à travers le jeu vidéo ? Créer des univers inspirés de son histoire, de sa culture, de son patrimoine et de sa créativité ? Un héros marocain dans un open world entre médina, désert, montagnes et futurisme, franchement, ça aurait quand même plus de style qu’un énième soldat musclé qui sauve la planète en silence.
La question mérite d’être posée.
Parce qu’au fond, le gaming n’est plus seulement une affaire de loisirs. C’est une affaire d’économie, de souveraineté culturelle et de compétitivité numérique.
Et dans cette nouvelle économie mondiale, ceux qui créent les univers dominent aussi les imaginaires.
Mehdi Msaddeq
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