Le chantier de la régionalisation au Maroc entre dans une nouvelle phase. À la Chambre des Représentants, les députés ont entamé l’examen détaillé du projet de loi organique n° 031.26, un texte clé qui redessine les contours des compétences des régions et vise à corriger les limites révélées par plusieurs années de mise en œuvre.
Réunie en présence du ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, la Commission de l’intérieur a concentré ses échanges sur la nécessité de mieux clarifier la répartition des rôles entre l’État et les régions. Au cœur des débats, une ambition se dégage : passer d’une régionalisation de gestion administrative à une régionalisation d’investissement territorial.
Le projet de loi redéfinit ainsi les compétences propres des régions, désormais recentrées sur des domaines jugés stratégiques, notamment le développement économique, le développement numérique, le développement rural et la coopération internationale. En parallèle, plusieurs secteurs auparavant confiés aux régions, comme la formation professionnelle, l’emploi, le transport, la culture ou encore l’environnement, deviennent des compétences partagées avec l’État.
Cette redistribution entend mieux répondre aux réalités du terrain, mais elle soulève aussi des interrogations. Plusieurs parlementaires ont mis en avant les limites du modèle actuel, marquées par le chevauchement des compétences, le manque de coordination entre les institutions et les disparités entre les régions. Pour certains députés, la réussite de cette réforme dépendra surtout de la capacité à renforcer l’autonomie régionale tout en mobilisant les moyens financiers, humains et techniques nécessaires.
Le débat a également porté sur le principe de subsidiarité, qui consiste à confier chaque compétence à l’échelon le plus pertinent, en fonction des capacités réelles d’action. Dans cette logique, la contractualisation entre l’État et les régions apparaît comme un levier central pour garantir une mise en œuvre plus souple, plus claire et plus efficace des projets territoriaux.
Le ministre de l’Intérieur a reconnu que l’expérience des dernières années avait révélé un décalage entre les textes juridiques et la réalité pratique. Certaines compétences attribuées aux régions se sont avérées trop larges, trop générales ou difficilement applicables. L’objectif du nouveau texte est donc de réduire les ambiguïtés, de mieux encadrer les responsabilités et de doter les régions de compétences plus précises, assorties des conditions nécessaires à leur mise en œuvre.
La création de sociétés régionales est également présentée comme une piste pour dépasser les limites des expériences précédentes, notamment celles des agences, dont les résultats n’ont pas toujours été à la hauteur des attentes. Plus largement, ce chantier ne se limite pas à la révision de la loi organique relative aux régions. Il s’inscrit dans une réforme plus vaste de l’action publique territoriale, appelée à être accompagnée par une meilleure organisation des compétences gouvernementales et par l’adoption d’une charte de déconcentration administrative.
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